dour festival

Solange, M.I.A, Nas, Phoenix et PNL. On pourrait complètement arrêter de parler du festival Dour 2017, rien qu’en évoquant cette partie (infime) du line up aux plus de 230 artistes. Derrière cette sélection triée sur le volet, le festival belge réussit encore une fois un numéro d’équilibriste entre les genres pointus et les artistes grand public. Une précision chirurgicale dans les choix que Mathieu Fonsny et Alex Stevens, ses programmateurs, portent à bouts de bras. Ils nous on expliqué ça, entre deux blagues, des histoires de boue et une reprise de France Gall. (Crédits photos: Remy Golinelli)

 

B: C’est pas crevant de se retrouver comme des artistes à enchainer les interviews sur une journée ?

Alex Stevens: Être en terrasse à boire des coups tu veux dire ? (rires) Honnêtement il y a des boulots plus durs, on est plutôt chanceux. On n’est pas à l’usine en train de faire un travail exténuant, on n’est pas en position de se plaindre.

M: Le truc, c’est qu’on ne fait pas de conférence de presse, j’aime bien venir et discuter de la programmation, rencontrer les gens, c’est chouette.

A: Ca nous correspond mieux plutôt que d’aller sur une scène pour s’auto congratuler pendant 2h30.

B: Ca illustre plutôt bien l’esprit de Dour en fait, pas impersonnel.

M: C’est pas que c’est mieux ou moins bien, c’est juste que c’est une autre façon de faire.

 

(crédits photo: Remy Golinelli)

B: Comment vous expliquez que le festival soit de plus en plus connu en France?

M: C’est parce que les jeunes français sont moins cons que les vieux (rires).

A: En fait le festival a fort grandi depuis 10 ans, on a en moyenne 1 000 personnes en plus par jour donc on est passé d’une moyenne de 35 000 festivaliers par jour à 45 000 par jour. C’est assez exceptionnel comme progression quand tu parles avec les agents, ils sont assez étonnés. Une des choses qui peut expliquer ça, c’est l’engouement, les français ont mis du temps à se rendre compte que c’est juste à côté de Valenciennes, quasiment en France en fait. Il y a des gens sur Twitter qui disent « Dour – France », ça me plait assez bien comme amalgame parce qu’on est assez pro européens. En fait on devrait mettre « Dour – Europe », ou Lettonie, pour rigoler.

M: Tu es déjà venu à Dour ?

 

B: Six fois !

M: Tu vis là bas en fait, je crois que je t’ai vu au supermarché avant-hier (rires). Tu sais que ce qui fait la particularité de Dour c’est bien sûr la programmation, mais c’est un élément parmi l’évènement en lui même qui est plus une ville de 40 000 campeurs qui vient s’installer pendant 5 jours. Ce sont des gens qui se sociabilisent, tu plantes ta tente là, tu regardes qui est autour de toi, ton voisin n’a pas d’ouvre boite, tu lui donnes et vous partagez une boite de raviolis, il y a un truc qui s’amorce. Toi tu étais venu pour voir de l’électro, lui du rock, et à un moment donné vous vous croisez sur le site et tout ce que tu avais prévu tu ne l’as pas fait. Et le gars qui est en face de toi, qu’il vienne de Clermont Ferrand ou d’un petit village à côté d’Heindoven ou d’une bourgade à côté de Dublin, tu te rends compte que vous êtes pareils. Il est animé par une envie de découvertes, une ouverture d’esprit et la contre-culture. Il s’en dégage une énergie autour de l’évènement qui fait que tu en parles à des amis dans le même esprit. Ca convainc de plus en plus de gens d’essayer une fois, de 10 copains, ça devient toute une communauté de gens qui se rassemblent.

B: Ca devient une sorte de rituel entre potes chaque année.

M: C’est ça, et le fait de se regrouper, de faire une sorte de périple pour y accéder et rester ensemble cinq jours, c’est ça le festival, bien plus qu’un petit programme avec 235 noms. C’est ce qui fait que des gens veulent se retrouver après 365 jours, les artistes et le public parlent en bien du festival. Le jour où on n’aura plus ça il faudra sérieusement se remettre en question parce que ça voudra dire qu’on ne comprend plus nos festivaliers. C’est une communauté qu’on a envie d’affectionner, moi j’ai fait mon premier Dour en 1997, et je sentais déjà ce truc là. Je venais avec le centre jeune de la MJC de mon quartier, on y allait encadrés sans nos parents, j’aimais bien le rap français à ce moment, je ne connaissais pas tout, on m’envoyait voir Zoxea alors que je voulais voir la Scred Connexion.

 

B: C’est rare que des festivals mettent autant ses festivaliers au centre, comme reprendre le cri des festivaliers dans votre communication par exemple.

M: C’est exactement ça, avoir un emblème, un cri c’est un truc de communauté, un ralliement.

 

rone à dour festival

(Rone @ Dour / Crédits photo: Remy Golinelli)

B: Comment fait-on pour faire perdurer cet esprit quand on voit le festival devenir plus populaire ?

M: On fait partie de cette communauté, on sait que ce qu’on aime musicalement, c’est ce qui est en marge on va dire. On aime bien suivre les gens à contre courant, depuis toujours. On a l’impression que nos choix seront le choix des festivaliers, on est juste compris en fait.

B: Il y a aussi la démarche de demander directement aux festivaliers qui ils voudraient voir.

A: En fait, j’ai commencé en 2000 en faisant le site internet, et c’est ce qu’on a créé dès le départ. Je me suis fait engager à Dour parce que j’avais envoyé un mail en 1999 pour dire qu’il y avait des trucs à changer sur le site internet, j’ai fait une liste. L’année d’après le programmateur m’appelle et me dit « tu veux pas le faire? Ca sera plus simple », et on a monté un forum de discussion. Comme il était à l’écoute, il a commencé à discuter avec les festivaliers pour savoir ce qu’ils pensaient de la programmation. On a créé la newsletter cette année là, on était assez précurseurs, là où beaucoup de festivals commencent à discuter avec leur communauté, pour nous c’est ancré dans l’ADN du festival depuis très longtemps, les gens le savent, ils sentent bien que ce n’est pas fake. On inclut ceux qui veulent veulent proposer des choses dans la réflexion, les modes évoluent.

M: Si tu viens depuis un moment, tu as connu l’avant Terril et l’avant Balzaal (deux scènes du festival ndlr). La première année on s’est dit « le terrain du festival est en train de migrer, on va ouvrir cette zone ». Plutôt que de faire une énième scène, on a fait un appel à projets pour tous les festivaliers qui avaient des idées. On en a pris une vingtaine, qui étaient complémentaires, il y avait du graff, des performances…Je pense que ça participe à ce que le festivalier se sente écouté. On a aussi un tremplin pour les groupes émergents belges.

A: On a fait un tote bag aussi que les festivaliers avaient dessiné, il était super beau. Après on essaye de ne pas faire la même chose tous les ans mais l’idée de base reste la même.

M: Je suis allé dans un festival techno la semaine dernière, ils avaient mis pleins de stands d’animation payés par des partenaires. Je n’y suis pas allé mais il y avait un box Camel où quand tu rentrais c’était incroyable. Mais ce qui a le mieux marché, c’était que le festival avait mis des craies partout, et chacun en prenait une et écrivait ce qu’il voulait , c’était un festival entouré de béton. Quand il y avait une pluie, ça s’effaçait, et tout le monde recommençait. Ca commence par un truc bête comme une craie, mais d’une manière, tu prends part dans le festival, tu peux même rencontrer une meuf avec une craie (rires). Je me suis rendu compte que ça marchait beaucoup plus que n’importe quelle activation d’un gars qui fait un truc design dans un container.

A: C’est ça, les gens en ont marre. Regarde par exemple tu vois de plus en plus d’articles sur des gens qui quittent leur boulot de bureau pour créer leur entreprise, genre comme toi. A liège on a créé une coopérative pour mettre en place une salle de concerts, un autre pote a créé sa brasserie. C’est fini d’être des consommateurs lambda, on le voit aussi au niveau politique, certains partis essayent d’inclure des citoyens. Et Dour est comme ça, c’est ce qui fait qu’il est très actuel.

 

B: Avec un festival de plus en plus gros, est-ce qu’il y a des labels qui s’y intéressent et poussent des artistes vers vous?

M: C’est une bonne question, on est sollicités par des labels ou des mouvances pour des curateurs de scènes.

AS: Le problème, c’est qu’on veut créer un programme équilibré. A partir du moment où tu délègues une sous partie du programme à quelqu’un, tu te restreins sur ta possibilité de choix et tu ne sais plus garantir l’équilibre auquel tu avais pensé. Et dans ce cas, tu peux perdre de vue la direction dans laquelle tu voulais aller à la base. Ce qu’on explique aux gens, c’est que c’est notre boulot, on est commissaires, c’est comme avoir un patrimoine d’oeuvres dans un musée, c’est préparer des expositions, mettre certains en avant, ramener de nouveaux artistes. Pour nous ça n’a pas de sens de dire à quelqu’un d’autre de faire notre boulot.

 

B: On parlait tout à l’heure du tremplin belge qui est une des activités hors Dour. Vous pourriez me parler de la soirée « Bruxelles mon amour » que vous organisez aussi?

M: On voulait créer un évènement en marge de Dour pour deux raisons: pour pérenniser certains emplois, notamment Marie (chargée de communication du festival ndlr), des personnes qui se retrouvaient au chômage pendant six mois, on s’est dit qu’on allait réfléchir à un autre évènement en hiver, comme ça on continue à faire travailler nos équipes, surtout en terme de communication et de production. Nous on fait le booking pour Dour entre septembre et janvier, cinq mois où la production ne reçoit pas de contrats. Est-ce qu’on pouvait transposer? L’idée au début était de faire un Dour d’hiver, mais c’est le nom de la ville, c’est extrêmement identifié à une situation géographique précise, et à un moment en juillet où on va dormir en tente dans un camping, donc pas possible de faire comme  le Sonar à Reyjkavik, le Sonar à Bogota etc. C’est une ville qui a un passé industriel fort que tu sens quand tu es sur le site du festival, ne serait-ce que par la couleur de la terre qui est à tes pieds. Et puis il y a eu les attentats de Paris puis Bruxelles, et on s’est dit « merde, c’est notre capitale qui est touchée », donc on a repris la punchline du festival qui est « Dour mon amour » pour en faire une ôde à Bruxelles. On avait aussi envie que les festivaliers puissent se retrouver une fois et ne pas attendre un an. Cette année on ne va pas le refaire tel qu’il était l’année passée, par contre on fait une soirée dans le cadre des Nuits Sonores à Bruxelles, au Fuse, qui est notre Rex ou notre Berghain, c’est notre temple de la techno, le 14 septembre je pense. L’an prochain ce sont les 30 ans de Dour, on va essayer de préparer les choses au mieux, pour que cette édition soit un peu magique.

B: En parlant de mettre Bruxelles en avant : en tant que belges, comment avez-vous vu arriver des artistes comme Romeo Elvis et l’Or du Commun? Ça fait déjà 3 ans que vous les programmez.

M: On a grandi à Liège, il y avait un gros groupe dans les années 90 qui s’appelait Starflam. Il y avait une grosse effervescence autour du hip-hop belge à cette époque. Et puis il y a eu…Pas un déclin, mais disons que les gens travaillaient en vase clos. A un moment donné, si tu veux avoir de l’écho, tu dois avoir une caisse de résonance, donc soit tu fais un collectif, soit t’es tout seul mais tu es très fort, comme Stromae. Ce creux de la vague a duré jusqu’à il y a 4/5 ans avec la Smala, qui est réapparue et qui a remit le hip hop belge à l’honneur, avec tous les petits frères que sont l’Or du Commun, Roméo Elvis etc. Tous ces mecs se sont fédérés, à se faire des prod’ l’un à l’autre, des featurings, des concerts, à s’inviter, ça a créé une énergie globale qui fait qu’il se passe vraiment quelque chose, qu’il n’y a pas un ou deux groupes, mais dix. Des titres comme « Bruxelles arrive » et « Bruxelles Vie »  sont des hymnes, et représentent bien les deux familles qu’il y a pour le moment: avec d’un côté les Krisy et Damso, et de l’autre un rap plus rigolo avec Caballero, Jeanjass etc. Et tous ces mecs se parlent, font des choses ensemble, ils sont très malins. On les a mis en avant très vite, d’abord dans un chapiteau en milieu d’après-midi, maintenant on les met sur la grande scène pour le projet « Bruxelles Arrive », qui sera une création unique pour le festival.

 

B: Quand tu parles de rap rigolo, il y a aussi de la place dans la programmation pour des VALD ou des Lorenzo.

M: Il y a plusieurs trucs en fait: ce nouveau rap un peu OVNI comme VALD et Lorenzo, limite Alkpote peut être là dedans aussi. Après il y a la tradition du rap français, comme Oxmo qu’on a fait jouer l’année passée, et puis tu as les nouveaux rappeurs comme Roméo Elvis. ce sont des familles extrêmement distinctes. Il y a même quatre familles si on compte SCH qu’on fait jouer cette année.

 

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(Denzel Curry @ Dour / crédits photo: Remy Golinelli)

B: Tant qu’on parle de rap, je voudrais vérifier une histoire qu’on raconte, comme la fois où le Wu Tang est venu. Est-ce que c’est vrai que le booker comptait l’argent en cash juste avant de monter sur scène, en disant que les artistes ne joueraient pas s’il manquait un billet?

A: Ça je ne sais pas…Mais il y a eu cette histoire qu’on avait racontée : en 2008, on a dû changer la grande scène de place, on avait dit que c’était parce qu’on utilisait l’ancienne place pour faire les loges pour le Wu Tang (rires). C’était une blague qui avait été relayée par les festivaliers. Quand le Wu est revenu la 2e fois ils s’étaient disputés dans l’avion, ils ne voulaient pas être dans le même van pour venir à Dour, donc on a dû envoyer 18 voitures pour les ramener, ça a foutu un bordel monstre.

M: Il y a l’histoire du Dom Perignon aussi.

A: Ah oui oui! La première année où ils étaient venus, ils ont demandé un grand champagne super cher, ils sont arrivés ils l’ont jeté sur la foule, l’année d’après on a juste achetés des étiquettes qu’on a collées sur des champagnes pas chers et ça l’a fait aussi , c’était super (rires).

 

B: Il y a aussi eu la venue des Destiny’s Child il y a dix ans. Comment on fait pour faire venir des artistes comme eux ou le Wu Tang?

A: Plus que ça, c’était en 2000. Depuis le début, on fait venir des sous-genres qui ne passent pas forcément dans les autres festivals, ça veut dire faire du venir du hip hop dans les années 90, quand personne ne le faisait, pareil pour la musique électronique. A un moment donné on a découvert ce groupe R&B qui commençait un peu à prendre et qui était là dans le coin. Dans la même logique, on s’est dit « les autres festivals ne programment pas de R&B, faisons-le », c’est comme ça que les Destiny’s Child sont venues à Dour. Sauf que catastrophe, c’était la pire année en terme de météo de toute l’histoire du festival, on a eu des inondations, de la pluie, il y avait 50 cm de boue…On a eu des années pas facile, mais celle-là est vraiment la pire, à tel point que 60/70% des festivaliers étaient rentré chez eux. Je me souviens que Sleater-Kinney avait ouvert la grande scène le dimanche matin, la plaine était vide. Elles ont pris une photo et l’ont mise dans le bouquin qui raconte l’histoire de leur groupe. Cette journée a même failli être annulée, tout était inondé c’était un carnage complet. Et il se trouve que les Destiny’s Child sont arrivées le soir même dans ce cadre un peu apocalyptique, tous les journalistes s’étaient barrés, ce qui fait qu’on a qu’une seule photo, avec Beyoncé à l’arrière, on ne le voit même pas très bien. Moi-même j’étais de l’autre côté du site, il fallait 2h30 pour le traverser je n’ai pas réussi à y aller. Elles n’ont pas voulu mettre un pied à terre, on a dû amener la voiture en bas de l’escalier pour aller sur la scène.

 

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(Sleater Kinney @ Dour festival (crédits photo: Carrie Brownstein)

 

B: Tu parlais d’éditions difficiles avec ce que les festivaliers appellent la « Gadour » mais j’ai l’impression que pour certains, ça fait limite partie du charme du festival.

A: Il y a 4/5 éditions on a eu des années d’affilées où on n’a pas eu de chance, on a eu de la pluie mais pas de problèmes de vents. Ce qui est dangereux quand tu organises un festival, c’est qu’il y a beaucoup de structures éphémères. On est en Belgique, on est équipés pour la pluie, c’est pas un souci, c’était un peu désagréable mais pas dangereux. C’est un peu chiant quand c’est le premier jour, tu arrives et que tu te dis « merde, on va pas pouvoir se coucher dans l’herbe » etc. Mais du coup les gens vont beaucoup plus tôt sous les chapiteaux et font la fête, du coup il y a une plus grosse ambiance dès le départ, certains sont soulés et se barrent, donc au final il ne reste que les meilleurs (rires). Ceux qui restent sont ceux qui ne veulent pas se faire voler leur festival par la météo, ça fait que le dimanche tu es rincé, tu t’es fais une raison et là ça devient magique, il se passe un truc que tu ne peux pas expliquer si tu ne l’as pas vécu. Ce sont des éditions dont tu te souviens toute ta vie.

 

B: Avec tous les moyens qui existent maintenant sur internet pour trouver des artistes, vous privilégiez lequel pour choisir des artistes ?

A: L’oreille ! (rires)

M: Il y a deux trucs: l’informations entrante avec le groupe ou son agent qui se proposent, et l’info qu’on va quémander. Ca peut être 1000 trucs: on est dans un taxi on entend de la musique, on parle avec quelqu’un qui a vu un show ou quelqu’un qui a entendu dire que c’était chouette…On voyage quand même beaucoup, on se nourrit des rencontres qu’on fait, et puis on marche aux coups de coeurs.

 

B: Il y a aussi une confiance avec des groupes qui on rarement joué, je pense par exemple à Petite Noir il y a quelques années.

M: On se dit que si on n’essaye pas de les programmer, on ne saura jamais.

A: Par exemple, je n’ai pas encore vu le show de Solange, celui d’Earl Sweatshirt non plus, Justice vient avec un nouveau spectacle. Grosso modo, on a vu environ 60% de la programmation totale en live. Après on apprend aussi de nos erreurs. C’est vrai qu’on prend beaucoup de risques, mais il sont très calculés, on a une grosse expérience à force.

odezene à dour

(Odezenne @ Dour / Crédits photo: Remy Golinelli)

B: Je pense aussi à un artiste comme Sinjin Hawke, qui est hyper pointu.

A: Ce sont des coups de coeur, on les a mis sur des plateaux cohérents pour qu’ils jouent avec de plus gros artistes du genre. Tu sais, la fois où Flume est venu, il jouait après Flying Lotus, il tremblait et ne voulait pas monter sur scène parce qu’il avait un show avec deux projections, c’était incroyable. Et lui ne voulait pas y aller, il était la découverte ce soir là. Ca lui a mis un coup de pression de dingue, il a récupéré l’énergie dans le chapiteau et a réussi à la garder. Parce qu’il était au bon endroit, avec le bon public, parce qu’il était aussi mis dans des bonnes conditions pour que ça se passe bien.

 

B: Tu parlais de ne pas perdre l’ADN du festival, comment s’est passé la rencontre avec Red Bull Elektropedia, qui est devenue l’une des plus grosses scènes du festival?

M: Pour le coup, ils n’ont pas de mots à dire sur la programmation. Elektropedia, c’est notre Red Bull Music Academy à nous, c’est représenté par un mec qui met un point d’honneur à développer son truc en dehors de la franchise. Avec cette marque il essaye de devenir le wikipedia de l’électro, il fait des évènements autour du vinyl. Il y a deux ans, j’y suis allé, c’était bizarre parce que c’était pour les nostalgiques du vinyl qui se montrent des pochettes (rires). C’est pas une blague, ce sont des mecs qui se remettent même des prix, genre celui qui a la meilleure pochette, le meilleur pressage. J’avais emmené quelqu’un là bas, je crois qu’il s’est fait chier. Mais plus généralement, Elektropedia a beaucoup de sens chez nous, ils ont une vraie communauté avec un vrai blog et une rédaction, il y a une remise des prix chaque année du milieu alternatif qui contrebalance d’autres remises de prix un peu nulles. Donc ils ont labellisé notre scène électro et dj, on leur soumet la programmation, et eux retirent un peu les louanges du truc, ça ne me pose aucun problème, c’est un partenariat.

A: Ce qui est bien c’est qu’avant les partenaires venaient, ils voulaient faire un stand d’activation, mettre de la musique comme ça les gens allaient être attirés, ils venaient dénaturer un peu le festival quelque part. On leur a donc proposé de faire la programmation et eux investissent beaucoup dans les visuels, la super production technique. Et au final tout le monde est gagnant. Et le public aussi, parce qu’il a une programmation sans compromis.

B: La scène s’appelait De Balzaal avant ou après avoir été nommée Elektropedia ?

A: Avant, en fait le nom signifie « la salle des fêtes » en néerlandais. J’étais à Gant, on cherchait un nom de scène pour faire une scène dj, et on a trouvé ça. On avait la Petite Maison Dans La Prairie (la scène pop indie ndlr) qui est en français, on trouvait ça marrant de donner un nom flamand à une autre des scènes. On est pas trop pour donner des mots anglais, on a appelé la Caverne comme ça parce que ça nous fait marrer.

 

B: C’est facile à gérer l’emplacement des scènes et la place quand on a de plus en plus de festivaliers présents ?

A: Il faudrait demander aux équipes terrain qui font un gros boulot. En gros, on a des possibilités de d’agrandir le terrain, la première fois qu’on a fait la Balzaal sur le terril, le chemin d’entrée n’était pas assez large, on a eu quelque soucis. On a réglé ce problème là, on grandit mais lentement, on ne passe pas de 20 000 à 50 000 personnes. Le festival a commencé avec 1000 personnes il y a 30 ans, c’est progressif, et ce qui fait que le festival est toujours resté lui-même. Ca ne s’est pas fait du jour au lendemain.

 

B: Cette année, le terrain sera plus grand que l’an passé ?

A: Oui et non, par exemple, le dub corner passera là où il y avait les stands de fringues sur le chemin entre le camping et l’entrée du festival, ce qui va nous permettre de l’ouvrir le mercredi, et là je pense que l’espace va être très sympas en terme de scénographie. On va ouvrir la Boombox (la scène hip-hop ndlr) le mercredi aussi,et on a changé la Cannibale Stage pour rassembler dessus tous les groupes de rock dur au sens large, ça va aller de Sleaford Mods à Amenra à The Kills. On a changé le nom pour que les gens voient un espace de jeu pour voir un Gojira et un Hanni El Khatib.

dour salut c'est cool

( Salut c’est cool @ Dour / crédits photo: Remy Golinelli)

B: En tant que programmateur, j’imagine que tu dois voir des genres gagner plus d’intérêts que d’autres.

A: Ce sont des cycles, il y a eu l’avènement du dubstep par exemple, avec tous les artistes qui ont commencé à faire des side projects dans ce genre. Et puis on a été saoulés des producteurs dubstep, la vague s’est essoufflée, et ils sont revenus à la drum’n’bass. C’est vrai qu’en ce moment il y a beaucoup de choses qui arrivent dans le hip-hop, je pense qu’à un moment les gens vont en avoir marre et voudront peut être un nouveau rock.

B: Dernière question, tu donnerais quoi comme conseil pour un jeune groupe qui voudrait jouer à Dour ?

A: Il n’y a pas de secret, c’est de faire de la bonne musique et de jouer jusqu’à se faire repérer, tu peux envoyer des mails mais pour être honnête, ça ne sert pas à grand chose.

 

Eric Rktn est sur Twitter.

 

DOUR FESTIVAL – DU 12 AU 16 JUILLET

+ d’infos et réservations : http://www.dourfestival.eu/fr/

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