Ella & Pitr ont réalisé la plus grande fresque au monde lors du festival norvégien NUART l’an passé. Récemment, ils ont peint sur la pelouse du stade de football Geoffroy Guichard de Saint Étienne en France. Un art d’une grandeur étourdissante, mais c’est sans pression aucune, que nous avons rencontré les deux français dans une ruelle verte du quartier Rosemont à Montréal, alors qu’ils peignaient le mur d’un restaurant vietnamien. Leur devise « au jour le jour pour toujours » résonne parfaitement avec leurs colosses assoupis : ce sont des géants de l’art urbain, mais naturellement sereins. On a volé quelques minutes de travail à ces deux passionnés qui optent pour la réflexion plutôt que pour la fame.

Crédit photo : Claire-Marine Beha

Ils se rencontrent en 2007 dans la rue, totalement par hasard, alors qu’elle commence à coller ses premières affiches et qu’il fait des graffitis. Puis tout va très vite, « la fusion a été quasi instantanée », rapportent les artistes. « En l’espace de trois mois on a rapidement tout lâché pour faire des dessins tous les jours et les afficher dans les rues, jusqu’à ce que ça prenne toute la place. »

Ils n’ont pas eu besoin d’étudier longuement les arts, ni de décrocher des concours afin d’en arriver là. À l’époque, Ella est enceinte de leur premier enfant et sans même établir de gros objectifs à long-terme, ils commencent à vivre de ce qu’ils aiment le plus, spontanément. « De fil en aiguille quand on s’amuse dans ce qu’on fait, cela créé du désir, alors on continuait au jour le jour sans se poser des questions » révèle le duo. C’est en toute humilité que nous découvrons deux humains allumés par les dessins à grande échelle qui ne semblent même pas porter plus d’attention que ça au fait d’être détenteurs d’un record mondial.

Festival NUART

Chicago, États-Unis

De la phase de création jusqu’à la réalisation de l’œuvre, le couple pense et accomplit chaque chose à l’unisson. En les regardant travailler, on perçoit un modus operandi complètement naturel à l’image de leur complicité : L’un s’occupe de la peinture blanche, pendant que l’autre est au rouge, côte à côte, et le tout prend forme.

Crédit photo : Claire-Marine Beha

Crédit photo : Claire-Marine Beha

Crédit photo : Claire-Marine Beha

 

La première rencontre que le public fait avec Ella & Pitr, c’est souvent à travers les photographies de leurs œuvres titanesques qui mettent en images d’immenses personnages endormis sur les toits et les murs du monde entier. Ils nous expliquent que leurs géants, ce sont un peu comme des montagnes, des gros volcans endormis ; calmes, immenses, mais dont le réveil est une chose bouleversante à envisager. « C’est l’idée de quelque chose de beaucoup plus grand que nous et qui nous dépasse, indiquent-ils. Les géants sont endormis et cela connote un coté doux et menaçant à la fois. Chacun peut ensuite l’interpréter comme il le souhaite ».

Le duo réalise aussi des anamorphoses, jongle entre les collages et la peinture, les grands toits avec vue renversante et les surfaces plus modestes et discrètes. Ella & Pitr ne créent pas non plus que des personnages, bien que ceux-là détiennent « une force indéniable » qui parvient à toujours les retenir un peu.

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On retrouve des objets dans leurs œuvres, des chaises, des cadres, des pierres en lévitation, mais aussi des marteaux et des pinces qui ne manquent pas de nous rappeler leur attachement au côté ouvrier du travail de muraliste. Ceux qui se faisaient aussi appeler les Papiers Peintres pendant un moment souhaitent donner du crédit aux conditions de l’accomplissement de ces grandes fresques : « C’est un travail très physique et manuel et ce nom faisait contraste avec le coté concept qui ne nous plait pas vraiment dans l’industrie de l’art urbain. »

En effet, le couple fuit souvent les gros festivals en la matière et préfère davantage apposer son art sur des murs seuls voir même complètement isolés, comme celui d’aujourd’hui par exemple, boulevard Rosemont. « Lorsqu’il y a un amas d’artistes qui peint en même temps, ça annule la valeur de chaque œuvre, on dirait que tout se ressemble, déplorent les artistes. Lorsque nous décidons de participer à un événement, c’est que les conditions et les surfaces à peindre sont idéales. Il faut que l’art urbain exprime quelque chose, sinon c’est comme de la publicité. »

Au-delà de leurs colosses, Ella & Pitr aiment « impacter » les gens, les pousser à l’introspection, en toute simplicité.

Santiago, Chili

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De passage à Montréal pour la troisième fois, Ella & Pitr ont accompli en collaboration avec Under Pressure une oeuvre nommée Lucette ou l’incompréhension de soi sur un toit de la Promenade Wellington la semaine passée.

Lucette ou l'incompréhension de soi. (Montréal, Canada)
http://www.ellapitr.com/

Lucette ou l’incompréhension de soi. (Montréal, Canada)

Aujourd’hui, par le biais d’un ami, ils offrent une nouvelle vie colorée à un mur de la ruelle verte de la Roche – de Normanville, plutôt à l’abris des regards et pour le plus grand bonheur des passants du quartier Rosemont – La Petite Patrie.

www.facebook.com/ruelledelarochedenormanville

La fin de semaine prochaine il réaliseront une nouvelle peinture sur le toit d’un immeuble à Sudbury en Ontario dans le cadre du festival Up Here. « On ne sait pas encore le dessin qu’on réalisera… On est toujours à la dernière minute » indiquent-ils, souriants et confiants.

Ella & Pitr ne se restreignent pas dans leurs choix créatifs, ils sèment à la perfection le doute en grand dans notre imaginaire, adaptent leurs techniques à chaque situation et se laissent inspirer, quitte à tout ré-imaginer une fois la peinture en main le jour J. Et apparemment, ça fonctionne plutôt très bien.

Leur site web – leur page facebook

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