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Michael Daks est un photographe anglais, résidant à Paris après plus de 15 ans de travail à New-York. Je l’ai découvert lors d’une rencontre autour du thème « Etre ou devenir photographe de mode aujourd’hui » à l’Institut Suédois de Paris, il y a quelques mois.

Son portfolio est très riche et varié. Des photos de mode, du nu artistique, des objets, des films … beaucoup de domaines que Michael explore, et connait désormais très bien.

Cette entretien avec lui aborde plusieurs aspects de sa vie : ses premières commandes, son passé, New-York, les jeunes (ou nouveaux) talents de la photographie de mode aujourd’hui, ses inspirateurs passés et actuels, la photographie de guerre, et plus encore.

Enjoy !

 

BM : Quel est ton parcours ?

Michael Daks : Je viens d’une famille d’artistes. Mes deux frères, ma soeur et moi sommes tous allés dans la même école d’Art en Angleterre (Southport College of Art).  J’y ai passé deux ans à apprendre les fondamentaux puis je suis allé au « Wolverhampton Faculty of Art & Design » pour étudier la communication visuelle, et je me suis spécialisé en photographie lors de ma deuxième année. Mon arrière grand-père était un sérieux amateur de photographie, et j’ai désormais son appareil, un Thornton Pickard Ruby Camera de 1907. Il utilisait des plaques de verre, mais je l’ai modifié pour qu’il accepte des pellicules en 4×5. Mon grand frère est peintre et photographe aux Etats-Unis et mon petit frère a été illustrateur de dessins animés pendant plusieurs années mais gère désormais une galerie bizarre à Bethnal Green; il vend des animaux empaillés, des têtes réduites et il est également un très fin connaisseur de la musique française des années 60. Ma soeur, elle, gère une galerie.

 

BM : Tu travailles désormais avec de gros magazines. Comment as-tu obtenu tes premiers boulots ?

A : J’étais très persistant lorsqu’il s’agissait d’appeler des magazines et faire en sorte que mon travail arrive dans les mains des bons éditeurs. J’ai été chanceux que plusieurs directeurs artistiques aiment mon style de photographie et me donnent du travail alors que je sortais tout juste de l’université. J’avais produit un portfolio de portraits stylisés de mes amis qui était assez original. J’avais également un shooting régulier de portraits pour The Tatler quand Tina Brown était la directrice la bas, puis j’ai commencé à shooter pour quelques nouveaux magazines indépendants comme BLITZ ou iD, et aussi pour quelques jeunes magazines de mode comme 19, et Company.

Un livre, « As seen in BLITZ magazine », par Iain R. Webb sera publié en Mai 2013 contenant quelques uns de mes premiers travaux, ainsi que ceux de Nick Knight, Mark Lewis, David Hiscock et d’autres photographes qui ont pu travailler pour BLITZ à cette époque. Iain R. Webb était le directeur de mode de BLITZ, Harpers & Queen, Elle etc. Il est maintenant professeur de mode au Royal College of Art et à Central Saint-Martins.

 

BM : Tu étais intervenant à une conférence sur la photographie de mode il y a quelques mois. Que penses-tu du monde de la photographie de mode aujourd’hui ?

A : Il y a quelques travaux intéressants de produits, mais c’est toujours dominé par les grands noms tels que Meisel, Klein, Weber, Lindberg & Roversi, puis quelques stars de la nouvelle génération comme Terry Richardson, Mert & Marcus etc. Je reste un grand fan de Paolo Roversi, Mario Sorrenti, Miles Albridge et Nick Knight, mais ce serait sympa de donner leur chance à de nouveaux et jeunes talents.

 

BM : Y a-til quelques jeunes talents dont tu souhaiterais parler ? 

A : J’aime certains des photographes qui shootent encore avec des pellicules comme Amira Fritz et Ellen Rogers. Elles ont une vision personnelle du monde, et ce type de démarche devrait être encouragé. Il y a trop de photographes qui ne font que copier ce qu’ils voient dans les gros magazines.

 

BM : Si tu avais à choisir un seul appareil photo, quel serait-il et pourquoi ?

A : Jusqu’à il y a quelques années, je ne faisais que du moyen format (avec le Mamiya RZ67, que j’aime). Désormais, j’utilise un Canon 5D Mark II (qui est bien plus versatile) pour la plus grosse partie de mon travail, comme je dirige désormais des films de mode et des clips musicaux. Ce serait donc ce dernier, le 5d Mark II, que je choisirai. Cependant, je préfère toujours le format 6×7 pour mes travaux personnels.

 

Les films de mode sont très vites devenus la norme dans l’industrie, et c’est rare que je ne shoot que des photos aujourd’hui.

 

BM : Jour ou nuit ? Day or night ? 

A : Le jour pour la photographie, la nuit pour socialiser !

 

BM : De quel style musical es-tu amoureux ?

A : J’ai des gouts plutôt électroniques. En ce moment, j’écoute Soko et Tamara Kaboutchek (que j’ai tous les deux photographié pour le magazine UNTITLED) et aussi beaucoup de blues, de Peter Green’s Fleetwood Mac à Gary Clark Jnr. Je travail également avec un groupe parisien de funk qui s’appelle Urban Groove Unit. Je viens juste de filmer leur dernier clip (actuellement en édition) et ils ont vraiment du talent en live.

 

BM : Beaucoup de tes portraits nous renvoient dans les années 80. Tu es nostalgique ?

A : Je ne dirai pas que je suis spécialement nostalgique, mais ce fu ma période de formation en tant qu’artiste and j’ai vraiment de bons et chauds souvenirs de ma vie à Londres à cette époque – sortir à « The Soho Brasserie » et dancer au Taboo. Cependant, j’aime penser que mon travail est hors du temps. Mes gouts ont muri avec mon âge, mais je suis toujours essentiellement la même personne, donc mon travail reflète mes passions et désires innés.

 

BM : Paris, Londres, New-York ou Milan ?

A : J’ai passé 15 ans à New-York et c’était une très bonne ville pour vivre, mais peut-être un peu trop commerciale pour le travail que je souhaitais produire. Je préfère l’ambiance et le style de vie de Paris. Je n’ai pas aimé vivre à Milan mais c’est une ville sympa pour visiter, travailler et disparaitre. Londres est trop proche de chez moi, j’étais un peu complaisant quand j’habitais la bas. Bien que ce soit une ville agréable. J’ai vécu la majeure partie de ma vie à l’étranger, et je préfère ce challenge.

 

BM : Est-ce que New York est la seule et unique ville pour les photographes de mode ?

A : Pas du tout. Bien que je pense que ce soit une bonne ville pour travailler, la majorité de mes photographes préférés vivent à Londres ou Paris.

 

BM : Qui t’inspirait quand tu as commencé et qui t’inspire toujours aujourd’hui ?

A : Ma première grosse influence était David Bailey. Je n’avais pas réalisé que le travail de photographe de mode existait jusqu’à ce que je vois BLOW UP quand j’avais 16 ans. Qu’on puisse être payé pour prendre ne photo de belles femmes fu une certaine révélation ! J’étais également inspiré par Irving Penn, Bill Brandt, Tony Ray-Jones et plus tard par Fraçois Deconinck, Peter Lindberg et Jacques Olivier.

A l’université, j’ai découverts Guy Bourdin et Helmut Newton en lisant l’édition française de Vogue, ainsi que quelques unes des grandes femmes photographes comme Deborah Turbeville, Erica Lennard et Sarah Moon. Je pense que les images poétiques de Paolo Roversi et les narrations de Peter Lindbergh et Jacques Olivier son probablement mes favorites, même si aujourd’hui je suis plus inspiré par les grands directeurs et réalisateurs cinématographiques. Wong Kar Wai et Jean-Pierre Melville me viennent à l’esprit, mais j’aime aussi Dario Argento, Sergio Martino et Lucio Fulci, qui sont sur de plus petits budgets.

 

BM : que peux-tu nous dire sur les films de mode en général, et sur les tiens ? 

A : Les films de mode sont très vites devenus la norme dans l’industrie, et c’est rare que je ne shoot que des photos aujourd’hui. Bien sûr, plus on a de temps et plus le budget est gros, plus tu as de chance de créer quelque chose de mémorable et qui vaut le coup. Mais, c’est possible de créer quelque chose d’intéressant pour une somme modeste si tu as une idée forte et un bon model/acteur. Je préfère les films de mode qui ont une histoire, qui sont plus comme des courts-métrages – en général, j’écris un scénario et un script, même s’il n’y a pas de dialogue, comme ça les mannequins/acteurs connaissent un peu leurs personnages et, je l’espère, les spectateurs pourront être attirés dans l’histoire. S’ils font attention aux personnages, ce sera plus probable qu’ils achètent les habits ! Mon premier film de mode était pour UNTITLED magazine à New-York. Ils m’ont donné beaucoup de liberté, mais le temps d’apprentissage était assez raide haha.

Mon premier film, « Wish You Were Here », est une histoire d’amour tragique. J’ai imaginé que James Bond avait un fils qui se maria avec la fille de Modesty Blaise, mais elle est tuée le jour de leur marriage. Leur histoire est ensuite raconté avec des retours en arrières, pendant qu’il jette ses cendres dans la mer. Ensuite, j’ai fait un film de mode, inspiré des « Giallo » italiens, appelé « The strange case of Evelyn Stone », avec Jenny Meister. C’était pour le numéro VOYEUR d’Untitled Magazine, donc le style thriller a bien fonctionné – Une jeune actrice traquée par un photographe. Est-il un paparazzi ou un fan fou ? J’aime inclure des clins d’oeil dans mes créations, comme la bouteille de J&B qui est là dans la plupart des films Giallo. J’ai même pu avoir une bouteille de parfum faites pour ce court métrage, appelée « Voyeur » by XXXX. (Untitled Magazine était à la base un magazine en ligne appelé xxxxmagazine.com).

 

BM : penses-tu que les jeunes souhaitant devenir photographes devraient étudier la photographie/l’art, ou penses-tu que c’est tout et uniquement dans le talent et la pratique ?

A : Je pense qu’une éducation visuelle est très importante, mais aussi que plus tu passeras de temps à pratiquer et expérimenter, plus tu progresseras. Les écoles d’art sont bonnes pour ça, et en plus avoir un studio personnel est très cher.

Ensuite, je recommanderai d’être assistant pour apprendre les règles et comment fonctionne le business, mais également pour voir comment d’autres photographes procèdent. C’est aussi très utile pour se créer un réseau : il faut un réseau. Il est rare que j’emploie un assistant qui n’a pas un diplôme en photographie et une bonne expérience d’assistant. J’attends d’eux qu’ils soient capables d’autres choses que brancher et gérer la lumière : il faut qu’ils comprennent le sens, « l’étiquette » du shooting.

 

BM : quel conseil donnerais-tu aux jeunes souhaitant devenir photographe ?

A : Aillez votre propre vision du monde et un style de photographie qui reflète cette vision. Cela doit être personnel à vous mêmes – c’est ce qui vous rend uniques. Ca ne sert pas à grand chose de copier ce que vous voyez dans les magazines, vous devez faire quelque chose de différent si vous voulez vous faire remarquer. Talent + travail + persistence  + chance = succès !

 

BM : Il y a peu, CNN a publié un dossier sur le lien entre la photo de guerre et la photo de mode. As-tu déjà été intéressé par la photographie de guerre (ou le photo-reportage en général ?) (http://edition.cnn.com/interactive/2013/02/world/war-and-fashion/)

A : Pour être honnête, je ne vois pas vraiment de lien entre la photo de mode et la photo de guerre. Il y a peut être quelques similitudes dans les couleurs et les compositions dans cet article de CNN, mais les mannequins en général ne te tirent pas dessus en retour. Je pense que la plupart des photographes de modes pisseraient dans leur pantalon si on les lâchait peu importe où proche de la ligne de front en Afghanistan ou en Syrie. Je pense qu’il faut un mental assez différent pour être un photographe de guerre crédible.

Prendre en photos des mannequins déguisées pour paraitre mortes, comme dans le travail de Mélanie Pullin ou Guy Bourdin fera peut être vendre quelques paires de chaussures ou pantalons, mais photographier de vrais morts quand des bombes et des balles volent autour est une histoire différente.

Mon ami Sean Conroy-Hargrave était un portraitiste et photographe de mode basé à Paris à la fin des années 80 – il avait un contrat avec Madame Figaro et les a persuadé de l’envoyer à la première guerre du Golf, en 1990. Il shoota un bon reportage appelé « Women of the War » qui a également été publié aux USA chez Mirabella Magazine. Nous avons souvent débattue sur cette publication après son retour à Paris. Je ne pense pas qu’il y ait quoi que ce soit de glamour dans la photo de guerre et la mort … à part dans les films. [Sean est malheureusement mort dans un accident de voiture en 1996].

Mon agent à Londres, pendant ce temps là, était mariée au cameraman Sebastian Rich, qui était cameraman pour des reporters de guerre comme Jon Snow, Kate Adie & Martin Bell. Il a prit une balle à Sarajevo, et a été blessé par des éclats d’obus au Liban. Quiconque souhaite être photographe de guerre devrait lire ses livres « People I have shot » et « Where Fools rush in », ou l’autobiographie de Don McCullin « Unreasonable Behaviour ».

http://www.kalectiv.com/members-directory/r/sebastian-rich/on-a-wing-and-a-prayer.aspx

 

En 2010, j’ai fait une vidéo contre la guerre – à l’origine appelée « Tara dance for world peace » (si seulement la paix dans le monde pouvait arrivée juste en dansant !), puis je l’ai raccourci en « Tara Dancing ». Elle a été édité par Indira Cesarine, l’éditeur en chef d’Untitled Magazine, avec la musique « Requiem » du groupe The Dokteurs, menée par Brett Hammond.

Je vivais à New-York le 11 Septembre 2001 et j’ai vu le deuxième avion frapper la Tour Sud juste à ma sortie du métro, entre le 23ème et la 6ème Avenue, juste après 9 heures du matin. J’ai couru dans mon labo sur la 21ème rue pour les alerter qu’on se faisait attaquer ! La tour s’est effondrée devant moi à 9h59 pendant que je descendais la 5ème Avenue en direction de Washington Square. Je suis encore nerveux, parfois, quand je vois des avions bas dans le ciel. Plus tard, je suis allé au White Sand Missile Museum au Nouveau Mexique, peu de temps après l’invasion de l’Iraq par les Etats-Unis, pour prendre en photo des missiles américains dans le désert. La vidéo contient des photos de l’après 9/11, coupée par des images de missiles et des panneaux STOP, ainsi que des photos de Tara dansant nue.

 

 

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