« Nul n’est prophète en son pays ». Cette phrase célèbre signifiant que c’est parmi les siens que l’on en impose le moins, est, on ne peut plus fausse pour Five8.  Si le nom de l’artiste reste encore peu connu à l’international, il est l’un des artistes de street art les plus appréciés de la scène montréalaise.

Five8 (Five Eight) est un graffeur, artiste et streetartist autodidacte. L’homme est très discret, voir mystérieux selon les dires de certains. Il n’aime d’ailleurs pas être photographié, probablement un vestige du temps où il faisait du graffiti illégal.

Five8 on Mt-Royal avenue (LNDMRK) @Nickie Robinson Five8 on Mt-Royal avenue (LNDMRK) @Nickie Robinson

Son parcours débute en 2002, de façon sporadique dans le quartier de Ville St-Laurent, un arrondissement de Montréal. Avec une gang de potes tout aussi inexpérimentés que lui, il s’amuse avec la bombe aérosol en utilisant des noms différents à chaque fois. Sa rencontre avec MENT BYN, un graffeur, un vrai, fût décisive. Celui-ci l’initie à la culture du graffiti et à ses différentes techniques. Très vite, sa curiosité l’amène à expérimenter avec son mentor, ses premiers tags, ses premiers fill-in, les ground-up, les rollers et les scratchies, que ce soit sur les murs, les abords d’autoroutes et même les trains. [Voir lexique en bas de page]

Ici et là, dans tous les coins de Montréal, on peut encore apercevoir sur certains murs et à l’intérieur de quelques buildings abandonnés, des vestiges de ses années d’exploration artistique, mais également des visuels plus récents.

Five8 / Pointe St-Charles @Nickie Robinson

Five8 / Mile-End @Nickie Robinson

Graduellement, d’autres enjeux s’ajoutent à son « entrainement » : l’atteinte d’une meilleure expression individuelle, la discrétion, la planification et surtout la rapidité dans l’exécution. Différents facteurs ayant tous contribué à ce qu’il est devenu aujourd’hui.

Depuis ses débuts, il navigue à travers les styles passant de l’écriture de graffitis conventionnels à une esthétique propre et facilement reconnaissable. Il a évolué de la pulvérisation de pièces illégales vers des productions à grande échelle de peintures murales et s’adonne aussi à un travail de studio méticuleux. Au fils des ans, l’artiste a collaboré avec plusieurs des grands acteurs de la scène montréalaise : A’Shop, Earth Crusher (Dre), Omen, pour n’en citer que quelques-uns. Il a aussi participé à certains projets de MU MTL et le collectif En Masse.

Five8 & Omen / Building abandonné @Nickie Robinson

Five8 & Earth Crusher / Plateau Mt-Royal @Nickie Robinson

Son travail intelligent et « clean », dans le jargon du graffiti, fait de lui l’un des artistes les plus respectés selon les connaisseurs et un récent « sondage » auprès de quelques-uns de ses pairs. Il est considéré comme un technicien hors pair et un « maître de la longue ligne droite », comme l’indique Haks 180, un graffeur basé lui-aussi à Montréal. Polyvalent, Five8 est aussi bon dans la calligraphie que dans le figuratif.

Mais quand on évoque Five8, il faut avant tout parler d’évolution, comme en témoigne ces deux œuvres faites à 2 ans d’intervalle.

Five8 2014 / Plateau Mt-Royal @Nickie Robinson

Five8 for LNDMRK 2016 / Plateau Mt-Royal @Nickie Robinson

Étapes de création d’un mur façon Five8 @Nickie Robinson

En tant que muraliste, il a participé à plusieurs expositions collectives et à de nombreux festivals d’art public au Canada et ailleurs.

MURAL FESTIVAL :

Five8 / Mural 2015 & Bryan Beyung @Nickie Robinson

Five8 / Mural 2015 Mur solo @Nickie Robinson

UNDER PRESSURE :

Five8 & Earth Crusher / Under Pressure 2013 @Nickie Robinson

Five8 & Earth Crusher & Skor / Under Pressure 2016 @Nickie Robinson

AMALGAM :

Five8 & Earth Crusher (Dre) / Amalgam 2013 @Nic

Depuis 2011, Five8 a su développer une vision aiguisée pour la couleur et la composition. Les lignes épurées et soignées, une quantité limitée de couleurs mélangées avec des effets de transparence et la lumière sont aujourd’hui à la base de ses œuvres. En effet, la lumière, très présente dans son travail, l’a conduit à s’approprier l’univers du néon dans sa démarche créative ces deux dernières années.

En 2016, non satisfait de peindre la magie du néon, il décide de passer à l’étude ancienne de la pratique du verre auprès d’une sommité québécoise dans le domaine du soufflage au chalumeau et du travail du néon : Gerald Collard. Et plus l’artiste travaille avec ce média, plus cela se reflète dans ses œuvres.

Five8 / Neon paint sur canvas @Five8

Five8 / Sino 2016 @Nickie Robinson

Five8 / Pittbull show 2016 @Nickie Robinson

Pourquoi a-t-il choisi de s’appeler Five8 ? Si vous vous attendiez à une explication complexe, et bien vous allez être déçu. Ce choix ne provient pas d’un secret croustillant.

« J’ai choisi ce nom pour moi-même, basé sur rien en particulier. C’est facile à reconnaître, tout le monde le comprend, et j’aime la variété des formes créées par les lettres. J’ai aussi été inspiré par d’autres artistes avec des noms à numéros comme Royce da 5’9,  Futura 300 et autres », confie-t-il.

Aujourd’hui, le street-artist continue d’équilibrer son amour de la peinture d’art de rue avec ses créations en studio. Il vise à s’élever et à inspirer par son perfectionnisme. Toujours prêt à aller plus loin, l’artiste montréalais a notamment été sélectionné afin de faire partie du festival Mextonia qui célèbre le 100ième anniversaire de la création de l’Estonie.

Pour suivre le travail de Five8 : site web | facebook | instagram

Lexique :

Clean : Traits réguliers, bien droits quand ils doivent être droits. On ne sent pas d’hésitation dans l’exécution. On voit que la personne sait où elle va.
Fill-in : Lettrage en contour rempli généralement avec une couleur contrastante.
Ground-up : graffiti couvrant un mur entier en partant du sol. La plupart du temps, il est utilisé pour couvrir le plus de surface possible.
Roller : Énorme faite avec un rouleau à peinture au lieu d’une bombe aérosol. De facture assez simple généralement et ressemblant aux formes des polices de caractères mais pouvant aussi parfois être très complexes.
Scratchies : technique consistant à égratigner une surface. Abris bus et vitres de transport en commun sont des endroits chauds pour ce type de graffiti.
Tag : Forme de base du graffiti. Consistant généralement en 3 à 7 caractères représentant le pseudo du graffeur.


Un remerciement spécial à Axe (K6A), Earth Crusher, Fonky, Haks180, Jason Botkin, MC Baldassari, Sino pour leur aide dans l’écriture de cet article.

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