Si le nightlife montréalais regorge de Djs tous plus compétents les uns que les autres, certains réussissent toutefois à très bien se démarquer, et parfois dans des créneaux assez spécialisés. C’est notamment le cas de Walla P, alias de Marc-André Patry, un Dj que l’on connaît pour ses mix à saveur principalement funk et bien dansants.

Jouissant d’une renommée internationale, Walla P sera en tournée en Europe dans le prochain mois. S’il est connu avant tout pour ses talents de Dj, les Québécois le reconnaîtront aussi pour ses talents d’animateur radio, alors qu’il pilote l’émission Voyage Funktastique, diffusée à CHOQ.ca les mercredis à 12:30.

Pour mieux comprendre ses projets diversifiés et la clé de son succès, nous l’avons rencontré à la veille de son départ pour le vieux continent afin de lui poser quelques questions.

Voyage Funktastique

Crédit : Sean Vadaru

Tu mixes presque exclusivement de la musique qui se rattache aux courants boogie et funk. D’où te vient ton intérêt pour ces styles-là?

C’est vrai que les gens m’associent surtout à ce style de musique! Je crois bien que ça remonte à l’époque où je faisais du breakdance au milieu des années 90. Il y a aussi eu un cheminement de « producteur », car avant de faire du boogie/funk mon cheval de bataille, j’étais plutôt dans le hip-hop depuis l’âge de 12 ans. Lorsque j’ai commencé à faire de la production, je cherchais toujours des échantillons, alors j’ai commencé par le jazz des années 60, pour ensuite découvrir funk, soul, rare grooves des années 70. Et ainsi de suite, en ordre chronologique, j’ai (re)découvert les sons des années 80 (que ma mère écoutait!), mais aussi les sons sur lesquels je dansais à l’adolescence.

Il y a eu aussi le mix de DâM-FunK pour Stones Throw, publié en 2009, qui m’a beaucoup influencé, et c’est vraiment à ce moment que j’ai eu la piqûre. Le boogie funk, c’est une musique assez mature, parfois triste et rebelle, et je n’étais pas prêt à assimiler ce style à un plus jeune âge. J’étais dans un délire Mobb Deep et Fonky Family, mais en vieillissant, c’est vraiment dans ce style que je me suis identifié.

Je respire le funk, je bois du funk, je mange du funk.

Voyage Funktastique

Crédit : Manikmati Photography

Sinon, on te connaît en bonne partie à cause de ton émission Voyage Funktastique (VF). Depuis, tu as aussi fondé un label sous le même nom et vous produisez régulièrement des événements avec Dr Mad et Marley C. C’est quoi l’importance que ce projet-là a pris dans ta vie personnelle? Parce qu’on imagine que ça doit prendre pas mal de ton temps et de tes ressources au final…

À la base, je travaillais sur un autre projet, Le Sommelier Acoustique, qui consistait à organiser des dégustations de vins, jumelées avec un dj set pour chaque produit dégusté. Ironiquement, le jour où j’ai fait mon premier événement, l’émission de radio démarrait. Jamais je n’aurais imaginé que VF deviendrait mon projet principal. Au début, je pouvais bien gérer mon boulot et VF, mais depuis environ deux ans, je m’occupe de la plate-forme à temps plein. Je respire le funk, je bois du funk, je mange du funk.

Walla P

Crédit : Amir Atouani

Est-ce que tu as une préférence entre mixer en solo avec Walla P ou avec ta gang de VF?

C’est clair que mixer pour une soirée VF, c’est la totale! Il n’y a rien qui peut se comparer à cela, c’est une sorte de cérémonie, et la vibe n’est pas la même si l’un des membres n’est pas là. Par contre, j’adore mixer des « extended » sets de 3 à 8 heures, car je peux aller dans une direction un peu plus personnelle, et je trouve important de séparer les deux, question d’offrir quelque chose de différent au public.

Tu as déjà fait des dates dans pas mal de pays, autant en Europe qu’en Amérique du nord. Si je te demande ta ville, ou du moins ton set préféré en carrière, tu me répondrais quoi?

Pour la ville, je te dirais que Francfort est pas mal mon incontournable. J’ai des amis là-bas (Frankfurt Funk & Dj Sherm) qui m’ont accueilli la première fois que j’y suis allé, et c’est toujours quelque chose de spécial de rencontrer des gens que tu respectes artistiquement. Au final, ils sont devenus mes meilleurs amis! Shout-out aussi au premier set que nous avons fait là-bas, dans le Red Light District, dans un bar de motards burlesque, pendant que l’autre côté de la rue, des junkies tripaient sur le funk entre deux doses de you-know-what…

Pour ce qui est d’un set mémorable, je te dirais la fois où j’ai joué à la soirée mythique « Funkmosphere » (Los Angeles), créé par DâM-FunK. Ce fut l’un des moments les plus marquants de ma carrière. Leur soirée est comme la Mecque du funk, et j’allais là que pour y assister. De fil en aiguille, un des dj de la soirée a su que je venais, alors il m’a dit d’apporter mes disques. J’ai fait un set de 1h, avec juste des 45 tours.

Sinon, finalement, mention spéciale à la soirée « More Bounce » à Amsterdam, sur le toit d’un hôtel, la soirée « Happy Milf Records » à Paris, ou encore ma dernière soirée à Chicago, où je n’avais joué un set qu’avec les disques que je m’étais achetés durant les deux journées précédentes.

Pour toi, y’a t-il une différence entre mixer pour le public européen et le public québécois?

Il n’y a pas une énorme différence. Je te dirais que le public européen qui vient me voir jouer est très au courant de ce que je fais et ils sont souvent un peu plus pointus sur les sélections. Tandis que le public du VF est très ouvert à des découvertes musicales et nous fait absolument confiance. Après, c’est certain que je dois jouer plus « safe » si je joue dans un festival où les gens ne viennent pas nécessairement pour l’expérience VF, ici ou ailleurs.

Walla P

Crédit : Smitty Bacalley

Je voulais aussi te parler du Bleury, parce que la salle a eu une certaine importance dans ta carrière solo et dans celle de Voyage Funktastique. La salle ferme et on est assez tristes. C’est quoi tes impressions par rapport à ça?

En effet, c’est très dommage! C’est un  »écosystème » qui disparaît, et il y a beaucoup d’artistes/musiciens/mélomanes qui perdent un lieu culte. Personnellement, je suis attaché à cet endroit depuis vingt ans. Je crois qu’il y aura un autre endroit qui prendra le relais, peut-être pas immédiatement, mais dans un avenir proche. Des havres musicaux comme ça, c’est essentiel pour le nightlife Montréalais, surtout afin d’offrir une alternative aux clubs davantage consacrés à jouer du Top 40.

T’es-tu déjà trouvé un nouveau spot pour tes soirées?

Oui, la journée même de l’annonce, on avait déjà trouvé notre nouveau quartier général. Ça se passe maintenant au Artgang sur la Plaza St-Hubert. Les gens auront beaucoup plus d’espace pour bouger, danser, et c’est un nouveau défi qu’on approche avec enthousiasme!

Walla P

Crédit : Smitty Bacalley

Qu’est-ce qui s’en vient dans les prochains mois pour Walla P, à part ta tournée en Europe?

Je reviens de ma tournée début septembre, alors toutes mes énergies seront consacrées à la transition au Artgang, à développer le label (première parution sur vinyle très bientôt!), à enfin emménager dans un bureau, et à préparer la tournée VF en Asie. J’aimerais aussi ouvrir une école de Djing pour femmes, afin que celles-ci puissent s’inspirer entre elles, et recevoir des conseils de Dj compétentes du milieu. Et finalement, j’aimerais également donner des cours sur l’histoire du funk.


Walla P, un homme qui se garde donc bien occupé. Vous pouvez streamer et télécharger Voyage Funktastique gratuitement sur la page de l’émission du site de Choq.ca et suivre ses actualités sur facebook et son site web.

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