Il m’est rarement donné d’écrire sur un artiste dont le travail soulève un tel consensus. Car chez Julien Des Monstiers, consensus il y a. Il est doué. Il est talentueux. Et ces deux adjectifs sont à ranger parmi les vérités du monde, telles que la gravité, l’héliocentrisme, qu’il fait froid l’hiver, qu’il fait chaud l’été, et qu’ainsi tourne le monde. Ce ne sont pas des opinions, mais bien des faits. Des oeuvres de Julien Des Monstiers, tout le monde s’accorde ; réjouissons-nous.

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Originaire de Limoges, âgé de trente-deux ans à peine, diplômé de l’École Nationale Supérieure de Beaux Arts et lauréat du Prix Marin 2015, Julien Des Monstiers a dévoilé entre le 9 janvier et le 27 février sa première exposition personnelle à la galerie Christophe Gaillard, nommé à l’ombre des météorites. L’on dit que ses toiles se vendirent comme se vend le pain, que la galerie n’eut pas désempli. L’excellent site  La république des arts  le gratifia d’une tout aussi excellente interview_ que vous trouverez _ et Télérama a titré son article d’un « Julien Des Monstiers est-il le nouveau génie de la peinture contemporaine française ? »  dans lequel vous est donné de lire ce commentaire si caractéristique de leurs lignes éditoriales  : «  Son oeuvre est, osons le mot, belle. »  Jamais, l’on ne vit Télérama autant dans l’émotion.

Come closer, 2015

Le Loup (D'après Jean-Baptiste Oudry), 2015

Consensus donc, chacun y va de son petit éloge, et s’accorde à discerner chez Julien Des Monstiers la figure de l’artiste exemplaire. Pas un artiste de l’air du temps, pas un symptôme de son époque, pas de coup d’éclat et de provocation, pas d’ultra-classicisme non plus, il n’est la conséquence d’aucun mouvement culturel ou social de notre période, non, Julien Des Monstiers fait de l’art qui plait aujourd’hui, qui aurait plu hier et plaira demain.

 

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Tapis, 2015

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Mais pourquoi son talent est il si naturellement admis ?  J’ai tantôt parlé de faits, les faits les voici:

De prime abord, il y a sa technique. Julien Des Monstiers est un artiste qui sort d’école _  ce qui devrait être norme, mais tend à devenir exception depuis qu’on trouve benoitement quelques noblesses à l’autodidacte. Sa technique n’est pas hasardeuse, comme se contentant de faire ce qui naturellement surgit de lui, mais est la succession d’une réflexion, d’une recherche d’une expérimentation et d’un progrès. Alors qu’il peignait un tapis et cherchait à retranscrire l’épaisseur « duveteuse » du sujet, il eut l’idée de peindre sur une plaque et de transférer celle-ci sur la toile à l’aide d’un calque puis « d’arracher » la plaque et la peinture fraiche qui y est encore collée. Une méthode rappelant étrangement les décalcomanies qui, en plus de donner cet aspect écrasé, cet empâtement de peintures, efface les coups de pinceau, pour un rendu plus organique. L’épaisseur faite, il n’hésite pas par la suite à la creuser, la griffer, à dessiner une seconde peinture à la surface de cette peinture, créant un enchevêtrement d’images et de reliefs, rappelant autant le phénomène d’érosion, que cette grande vague de collage qui fit les beaux jours de l’art en son temps. On peut reconnaitre en lui les striures de Richter, ou les arborescences de Traquandi. Et on y reconnaitrait juste. Voilà une première raison de l’aimer.

Textures and Tones, 2016

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Puis il y a sa richesse, la diversité de ses sujets et ses formats. Ses toiles se succèdent sans se ressembler. Il évite les séries _ souvent plus un guêpier qu’autre chose_ sous ses doigts s’alternent abstractif et suggestif sans hiérarchie aucune. Son style, ses empattements et « ses petites limaces de peinture » comme il dit, se reconnaissent toutefois entre mille, que ce soit une large trainée rouge sang sur un fond bleu nuit, ou un portrait de châtelaine très Second empire. Si particulier encore, son obsession pour les tapis, les papiers peints, les parquets, qui ne sont pas de l’art, ou du moins presque de l’art, mais de l’artisanat. Julien Des Monstiers dit vouloir peindre là où la peinture s’arrête, favorisant des sujets tantôt oubliés, car pas assez grandiloquents, ou estimés vulgaires. Il n’hésite pas en cela à peindre le châssis d’une toile. À voir aussi, ses reprises de tableaux célèbres comme Loup d’après Jean Baptiste Oudry ou bien ses portraits de Fantômas, adoucis ou violentés par l’application de ses plaques de peintures. Voilà une seconde raison de l’aimer.

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Mais toutes ses considérations sont raisonnées, froides, des faits comme je vous l’ai dit tantôt, qui sont plus souvent moteur d’admiration, mais jamais d’amour. Pourtant, j’aime terriblement les toiles de Julien Des Monstiers. Non pas pour sa technique ou pour sa variété_ que d’autres que moi ont évoquée bien mieux_,  mais pour sa force d’évocation. Oui, j’entends bien que c’est personnel que cela, c’est aléatoire, on touche à la psyché, à l’âme, au souvenir. Pour les lignes qui suivent, je parle bien sûr en mon nom, et s’il s’avère que vous et moi partageons un même ressenti à la vue de ces toiles, alors vous et moi sommes frères et j’en suis très heureux.

Les toiles de Julien Des Monstres me ramène dans une petite ville de Savoie, en bordure de Chambéry, où feu ma grand-mère vécu, au premier étage d’une vaste maison d’époque qui aurait été édifiée par un célèbre poète de la région, qu’enfant j’ai toujours imaginé être Lamartine (le lac d’Annecy est tout près), mais qui devait probablement être Émile Pouvillon. De chaque côté du perron poussaient des hortensias roses, et leurs tiges s’emmêlaient dans le fer forgé du porche. L’escalier était en bois massif, et sur les tapisseries des dessins de chasse, de lapin dans les fougères, de renard aussi beaucoup. Il y avait des moulures au plafond, et les fioles de parfum ancien aligné dans un petit cabinet, le cabinet de feu ma grand-mère. Ça sentait le 19e siècle. Ça sentait les récits d’Hervé Bazin et les nuits humides de Madame Bovary, les concoctions d’apothicaire, le formol, et l’éther, les plantes empoisonnées, les serpents dans la luzerne,  et le cor des parties de chasses que multipliait cette bourgeoisie de province désoeuvrée. Les toiles de Julien Des Monstiers me ramènent à Montherlant et à la couverture élimée par le temps de ma vieille édition de Les célibataires  en livre de poche.

Julien in his atelier I Courtesy of Julien Des Monstiers

Julien Des Monstiers

C’est pour ses raisons que je rejoins la meute, et à mon tour, dithyrambique, sans demi-mesure, fait l’éloge de Julien Des Monstiers. Et tant pis si à invoquer les souvenirs je perds en objectivité, de cette objectivité je n’en veux plus, et de mes mains je compte ma petite monnaie et secrètement la recueille dans un pot que j’espère voir grandir pour un jour, en secret toujours, m’offrir un Julien Des Monstiers que j’accrocherais au-dessus du lit de ma petite chambre.

Je ne peux que conclure cet article par cette réponse mémorable de l’artiste en interview qui tend à prouver que l’homme est tout aussi pertinent que ses oeuvres :

What advice would you give to someone who was trying to break into the art business?

– You should be working by now.

Existe il une autre réponse?

 

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1 Comment

  • jeanne 16 juin 2016 09:54

    Très belle découverte, merci. Peut-on voir ses toiles quelque part ?

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