lea chassagne

Babel

Depuis qu’elle a obtenu son diplôme de graphisme et d’illustration en 2009, Léa Chassagne s’est confortablement installée dans le monde de la création. À coup d’illustrations pour L’Obs, le Monde, Albin Michel, les éditions Pocket et compagnie, elle n’oublie pas de tracer sa route avec sa casquette de graphiste ! Entre cahiers des charges à respecter à la lettre et commandes pour la presse papier, lartiste-illustratrice-graphiste vient tout juste de boucler sa toute première exposition d’illustrations, rien qu’à elle.  L’occasion pour moi de partir à sa rencontre, quelques jours avant le vernissage d’« Eternel Féminin », son exposition installée à la Slow Galerie de Paris. Accueillie par Léa, des sourires et un verre de thé glacé, je discute avec elle des femmes, de la religion, de Beyoncé et de l’art flamand. Un combo gagnant et envoûtant !

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Zoom : Babel

Contrairement à certaines de tes précédentes séries comme « Stratégies » et « Humour » où tu parles de l’omniprésence des technologies dans nos vies, avec « Eternel Féminin », c’est le mythe de la femme que tu abordes. Pourquoi avoir pris ce virage ?

Tout simplement car pour moi, ça a été une vraie respiration. J’ai beaucoup de commandes en rapport ou sur la technologie, sujet clairement phare de notre année 2017. Travailler sur la série « Eternel Féminin » m’a permis de me libérer de ces contraintes et de pouvoir développer un univers plus personnel, plus ouvert avec plus de nature. Pour ce qui est des femmes, je m’y attendais un peu moins mais c’est venu tout seul. C’est quelque chose là aussi de plus personnel où j’ai pu travailler en me mettant sous les yeux ce dont j’ai besoin : la nature, les corps et les univers imaginaires ne répondants à aucune époque. Je peux partir dans tous les sens et m’évader librement !

Des esthétiques présentes dans tes illustrations sont empruntées à l’iconographie byzantine de la fin du 19ème siècle et de la Renaissance, périodes très marquées par la religion. Qu’est-ce qui te fascine tant dans ce style pictural ? Et la religion dans tout ça ?

Je ne suis pas du tout croyante, ce qui me permet d’avoir beaucoup de recul. L’iconographie religieuse m’inspire beaucoup car le divin et le sacré ressortent de ces peintures classiques où la femme est portée comme icône rayonnante et toute-puissante. Tout cela m’inspire, et je viens mélanger les mythes incas et grecs au surréalisme ou au narratif. Il n’y a pas une seule ligne droite, pour justement n’appartenir à aucune époque précise, ou courant religieux. Les références sont là mais communiquent les unes avec les autres pour créer quelque chose de nouveau.

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Baigneuse

Qu’est-ce que ces univers luxuriants et merveilleux veulent dire de toi, de ta personnalité ?

Que j’ai besoin de nouvelles histoires, de nouveaux mythes. Aujourd’hui, on est globalement moins croyants qu’auparavant, alors ces histoires viennent nous nourrir. Je réinsuffle un peu de magie avec ces récits plein de personnages ! Je veux que l’on puisse se projeter facilement, que chacun y voit ce qu’il souhaite. Faire une pause.

D’ailleurs ! Tu dis trouver l’inspiration partout, comme par exemple la dernière coupe de cheveux de Rihanna. Tu en penses quoi, de notre Rihanna internationale ?

Ah ! Je l’aime beaucoup ! C’est la femme forte, assumée. C’est quelqu’un qui se renouvelle en permanence, très bien conseillée artistiquement parlant d’ailleurs. Au-delà d’être une chanteuse et une icône, elle a d’excellents clips réalisés par des personnes très douées. Elle concentre pour moi des échantillons de culture ! Même sa coupe de cheveux… on y voit de nombreuses références picturales. C’est très inspirant car a elle toute seule, elle est une source incroyable !

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Strip

C’est un peu ton éternel féminin à toi, en fait !

Ouais, c’est ça ! « Eternel Féminin », c’est une vision idéalisée de la femme. Rihanna est en quelques sortes cet idéal mais en plus moderne, active et captivante. Contrairement aux femmes des peintures classiques, les miennes sont moins stéréotypées. J’aime que la femme soit au centre du tableau, inspirante et attirante par sa beauté, mais à condition qu’elle soit active. Il faut qu’elle ait une vraie place.

Est-ce que je me trompe si je crois deviner le visage de Beyoncé au centre de ta pièce « Babel » ?

En fait, c’est un visage avec des yeux, un nez et une bouche qui appartient à des sources différentes. Mais effectivement, maintenant que tu le dis… bien sûr ! L’inconscient… ahah. Je me suis trop entraînée à faire la chorégraphie ! Elle est comme Rihanna, finalement. Par exemple, quand tu vois la pose qu’elle avait lorsqu’elle était enceinte, on fait rapidement le lien avec les postures des femmes à la Renaissance. Sauf qu’aujourd’hui, Beyoncé véhicule l’image des femmes fortes !

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La pudeur

Pour toi, l’art doit-il véhiculer un message, un sentiment ou les deux ?

Je pense qu’il ne faut pas dissocier les deux. La difficulté est justement de parvenir à coupler les deux ! Avoir le sentiment du beau et du bien fait, out en trouvant un message dans la lecture de l’œuvre. Pour moi, le fond et la forme sont indissociables ! Ce sont deux choses qui se nourrissent.

Penses-tu que le simple fait de représenter quelque chose – ici, des corps féminins -, est déjà une forme de militantisme ?

Complètement. C’est très à la mode, malheureusement, je suis complètement banale ! Mais oui, rien n’est anodin. Je suis inconsciemment inspirée, et le sujet que j’ai choisi n’est pas là pour rien. Les femmes que je représente sont bien plus maîtresses qu’objets !

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Vallée d’amour

Envie de faire une prochaine exposition que tu appellerais « Eternel Masculin » ?

Non. Pour le coup, l’esthétique mystique inexpliquée du corps féminin que l’on peut rattacher à « Eternel Féminin » est propre à la femme, pas à l’homme. Ce n’est pas un hasard car on retrouve quelque chose d’étrangement beau dans son corps qu’on ne retrouve pas chez le masculin. Il a d’autres qualités bien sûr ! Mais pas celle-ci. Le divin, le mystique et le sacré sont depuis longtemps rattachés à la femme qui vient incarner la mère, l’origine, la maitresse, l’amour, etc. C’est ce qui m’inspire et m’intéresse ! Alors non, les hommes ne m’inspirent pas, enfin du moins, pas des dessins.

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La Colère

Léa Chassagne s’expose à la Slow Galerie du 11 mai au 3 juin, avec « Eternel Féminin » (évènement Facebook). Un regard juste sur une nature luxuriante bercée par le mythe d’une femme fascinante !

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La Slow Galerie à Paris

Elle est aussi sur Facebook / Site Internet / Illustrissimo.

Merci à Léa, à la Slow Galerie et à Ophélie pour leur gentillesse.
Elisa Barbier

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