Un album plein de soul, un court métrage plein de fumée, une tonne de collaborations, Little Simz nous confirme qu’elle est là pour garder sa place de meilleure rappeuse d’Angleterre, et pour durer.

On l’avoue, après la sortie de l’album de Childish Gambino, on pensait sincèrement qu’il ne se passerait plus rien en décembre. Nos listes de morceaux préférés étaient bouclées, nos commandes de cadeaux sur Amazon étaient faites, et on se passait déjà en boucle l’album de Noël de R.Kelly. Mais ça, c’était sans compter sur « Stillness in Wonderland » de Little Simz, qui nous a tous pris de court. C’est le onzième projet en 3 ans (!) de la londonienne, consistant de bout en bout malgré une année chargée en projets, comme elle l’écrivait dans une lettre à ses fans :

« (…) Avec une tournée mondiale et un programme chargé en festivals internationaux, j’étais sur la route quasiment tout 2016, en même temps en train de travailler sur cet album, entre Londres UK et les Etats Unis ».

Une ouverture sur le monde pour défendre son premier album, qui lui a permis de construire des ponts entre l’Angleterre et les USA, comme ce morceau entre elle et Kilo Kish sur l’incroyable album surprise de Jesse Boykins III.

« J’ai lutté pour trouver l’inspiration pour cet album pendant un moment, et j’étais très frustrée de ne pas sortir autant de musique que je voulais, mais au plus je voyageais, j’apprenais sur le monde et moi-même, la beauté, les distractions et les pièges du monde de l’entertainment, au plus je trouvais des parallèles avec l’histoire d’Alice au pays des Merveilles. Tout s’emboitait en un concept pour moi.

Mon premier album (…) parlait des conséquences d’une soudaine célébrité, devenir une personne publique.  Ce projet m’a appris beaucoup sur moi, m’a forcé à prendre mon envol musicalement et créativement, ça m’a permis de grandir en tant qu’artiste. »

 

Dans l’album « A curious tale of trials + persons », Little Simz prenait tentait de rester la même personne malgré ce nouveau statut, et surtout cette nomination dans le prestigieux 30 under 30 du magazine Forbes, comme elle en parlait dans son interview avec Mouloud Achour.

« C’est irréel , j’ai du mal à y croire que je suis dans Forbes. Je ne pensais pas que c’était quelque chose qui allait arriver si tôt dans ma carrière, j’imaginais ça pour plus tard, comme à 25 ou 26 ans ».

Presque comme un déni, ou l’angoisse de vendre son âme, cet album était une bulle rassurante ne comprenant quasiment aucun featuring. La tournée qu’elle vient de passer en 2016 se ressent, non seulement dans les paroles et le concept de « Stillness in Wonderland », mais aussi dans le fait que pour la première fois elle ouvre la porte au-delà de son cercle proche. On y retrouve le rappeur américain Sir, la chanteuse allemande Bibi Bourely, Syd de The Internet sur le morceau « shotgun » (subjectivement le meilleur morceau de l’album), et derrière les consoles Astronote pas loin de cinq fois (le héros producteur à qui l’on doit des morceaux pour Espiiem, mais aussi Kendrick Lamar).

Un album d’une richesse rare, technique quand il s’agit de rap, profond quand elle part en spoken word, mélodique quand elle chante, on pense bien sûr à Lauryn Hill, mais aussi à ses contemporaines comme Noname (dont on vous parlait cet été). Comme si cela ne suffisait pas, elle sort un court métrage pour accompagner « Stilness in Wonderland », réalisé par Jeremy Cole, déjà familier avec son travail.

BEWARE : Comment ce projet de vidéo est né, après l’album?

Jeremy Cole: Une fois que l’album était terminé, Little Simz me l’a fait écouter et m’a simplement demandé de m’en inspirer. Le ton de sa musique était tellement convaincant d’honnêteté et de sincérité, que j’ai voulu y mettre la même chose dans ce film.

Ce n’est pas une adaptation d’Alice aux Pays des Merveilles alors?

J: Non, ça n’a jamais été le but, l’album non plus d’une certaine manière, mais ça fait référence aux créations de Lewis Carroll dans un autre contexte. Cet album nous emmène dans les pensées de Simbi, c’est un voyage dans son subconscient, on y explore le conflit entre ses souvenirs et ses peurs.

Comment tu décrirais l’ambiance de ce film du coup?

J: Je dirais que c’est honnête mais surréaliste. Tout ce qu’on y voit est la manifestation physique de sa psyché (et des versions d’elle-même). Le ton change mais la narration n’est jamais linéaire ou vraiment compréhensible. C’est comme être dans un rêve, tu peux sauter d’une scène à l’autre sans te demander comment tu en es arrivé là.

Pour avoir déjà travaillé avec elle, est-ce que tu as senti une différence?

J: Je la connais et on travaille ensemble depuis des années maintenant. Notre premier tournage était pour « deranged » (un remix de « Yonkers » de Tyler the Creator), elle a beaucoup changé depuis, comme on l’attendait. Chaque projet ensemble est meilleur à chaque fois, et celui-ci ne fait pas exception. C’est un privilège de la voir grandir en tant qu’artiste, et c’est toujours inspirant de la voir faire ce qui lui plait, sans contraintes, sans jamais compromettre la chaleureuse personne qu’elle est.

 

Une évolution artistique et une assurance qui assoit Little Simz directement sur le trône du rap britannique, juste à temps avant de passer en 2017.

Eric Rktn est sur Twitter

Little Simz – Stillness in Wonderland (Age 101)

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