Lancé en août 2016, le projet Flash Forward Photovoice se dévoile dans l’exposition Premiers flashs à Montréal du 17 au 26 février à l’Espace La Fontaine. Pendant six mois, douze jeunes réfugiés syriens ont documenté leurs premiers pas à Montréal et posé leurs regards sur leur pays d’accueil. Portrait d’une jeunesse néo-québécoise qui découvre, explore et s’intègre.

Mis sur pied par la photographe indépendante Amina Jalabi en partenariat avec l’association d’aide aux réfugiés SINGA Québec, l’atelier Flash Forward Photovoice s’inspire de la méthode du photovoice, qui consiste à donner des appareils photos à des groupes marginalisés pour qu’ils se représentent eux-mêmes, de leur propre point de vue.

Avec le soutien de la photographe Marwa Khobieh et de la Maison de la Photo de Montréal, les apprentis photographes âgés de 13 à 20 ans ont suivi une formation aux techniques photographiques. Chacun s’est vu remettre un appareil, et attribuer un panneau de quatre photos pour l’exposition.

Crédit photo : Timothée Beurdeley

Amina Jalabi explique qu’un des objectifs de cette démarche est d’humaniser et d’individualiser le parcours de ces jeunes néo-québécois. « Réfugié n’est qu’une condition, un statut légal, rappelle-t-elle. Nous leur donnons l’occasion de s’exprimer en tant que personne à part entière, avec leur passé, leurs espoirs, leur éducation et leurs aptitudes. »

Elle explique que le langage universel de la photographie est une façon de donner les moyens à ces jeunes de s’exprimer. « Aujourd’hui, nous sommes heureux de les voir capables de se connecter aux Montréalais à travers le puissant médium de la photographie », poursuit-elle.

Avec simplicité, les 12 artistes parviennent à capter des moments signifiants qui illustrent leur découverte du Canada et leur intégration à Montréal. Ils immortalisent un premier Halloween, une première fête de l’Aïd au Québec, un premier hiver, un premier Noël, la nature, les monuments, les proches et les passants. En creux se dessine le portrait d’une Montréal lumineuse, havre de paix et de vivre ensemble.

Crédit photo : Asem

Crédit photo : Mayyar

La fierté de s’exposer

Ce vendredi, lors du vernissage, familles, amis, proches et inconnus sont venus en nombre pour découvrir le travail des jeunes photographes, sur fond de musique traditionnelle syrienne. Plusieurs adolescents ont pris leur courage à deux mains pour venir exprimer, en français, en arabe ou en anglais, leur gratitude d’avoir pris part à cette aventure, et leur bonheur de partager le résultat avec le public.

« On se sent un peu comme à la maison, entourés de tous ces Syriens », confie Rania, radieuse, en guise de remerciements.

Crédit photo : Rania

Les yeux grands ouverts, Maria, l’une des participantes au projet, passe d’un panneau à l’autre pour admirer le travail réalisé avec ses camarades. « J’aime prendre des photos, ça me relaxe, lance-t-elle. Aujourd’hui, je suis très fière de l’exposition. »

Timidement, le père de Mayyar s’approche tandis que son fils m’explique comment il a pris ses photos. Il glisse sa fierté de voir le résultat de cette démarche, convaincu de l’intérêt du projet pour l’intégration de son fils au Canada. « C’est sa toute première activité à Montréal, souligne-t-il. C’était l’occasion de pratiquer la photographie tout en découvrant sa nouvelle ville et les habitudes locales. »

Les chemins parcourus

Souvent, les photos évoquent les chemins parcourus, l’exil mais aussi l’espoir. La route est l’un des motifs récurrents de l’exposition. « My unfinished journey » souligne ainsi Asem, assis sur un chemin de fer dans un autoportrait.

Crédit photo : Asem

« Les légendes des photos prennent beaucoup d’importance dans cette exposition, relève le chargé de projet à Singa Québec Yann Berhault. Elles racontent une histoire et permettent de mieux comprendre la portée de certaines images» Ces légendes dressent parfois des parallèles lourds de sens entre passé et présent.

Sous sa photo de feux d’artifices illuminant la nuit de Montréal, Mayyar rappelle par exemple qu’ailleurs, l’embrasement du ciel peut être synonyme de mort et de désolation. Rama note quant à elle sous une photo d’un de ses camarades nageant tranquillement dans un lac, que pendant ce temps, « d’autres se noient dans d’autres eaux ».

Crédit photo : Mayyar

Crédit photo : Rama

Sur l’un des rares portraits de famille de l’exposition, Rania écrit : « Ma mère est ici au Canada mais ses pensées sont toujours avec sa famille à Dara’a en Syrie ».

Cette oscillation permanente entre passé douloureux et futur à construire est l’une des forces de cette exposition, qui parvient à inscrire le parcours d’intégration des photographes dans leur tragique destinée, sans jamais annihiler la force et l’espoir que porte leur jeunesse. Ainsi, c’est toujours un œil tourné vers l’avenir qu’ils évoquent leur passé. « Il y a toujours une lumière au bout du tunnel », note Saba sous l’un de ses clichés.

Amina Jalabi a lancé ce projet d’atelier-exposition dans le cadre de sa maîtrise d’éducation artistique à l’Université Concordia. Chaque photographe en herbe s’est ainsi vu remettre un certificat de formation en photographie de la part de l’université. Un premier diplôme canadien qui en appellera sans doute de nombreux autres pour ces jeunes pleins d’avenir.

–» Exposition « Premiers Flashs à Montréal » à l’Espace La Fontaine – jusqu’au 26 février.

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