Moodoid – Cité Champagne : une expérimentation sonore

Telle une mue, Moodoid se déploie à nouveau pour sublimer l’amour au sein de son second album intitulé Cité Champagne. Rencontre avec le conteur Pablo Padovani.

Moodoid

Quatre années séparent la sortie de tes deux albums. Perçois-tu cette période comme une forme d’expérimentation et de recherche musicale ?

Moodoid : En 2014, nous avons commencé la tournée du premier album intitulé Le Monde Möö ce qui ne me laissait pas le temps de penser à la suite. C’est seulement vers la fin de l’année 2015 que l’idée de concevoir un second album est survenue. Au cours de cette période, je voulais impérativement prendre le temps pour composer et ne surtout pas me précipiter. Cette accalmie me permettait de visiter des villes ce qui constituait une source d’inspiration réelle. Faire de la musique dans un environnement qui n’est pas le tien permet de prendre du recul sur les compositions. Je voulais produire des musiques précises et efficaces ce qui nécessitait des modifications permanentes.

Ton second album s’intitule Cité Champagne. Que signifie ce nom énigmatique?

Moodoid : C’est un nom qui permet une libre appropriation à chacun. Il peut évoquer une forme d’imaginaire, quelque chose de fantastique voire de féérique comme évoquer un album de rap. Personnellement, je me rapprocherais davantage d’une connotation disco. Pour la petite anecdote, c’était le nom de ma première adresse en arrivant à Paris. Cette rue qui se situe dans le 20ème arrondissement de Paris renferme mes premiers souvenirs et ma jeunesse. En disant cela, je me rends compte que je suis encore jeune.Moodoid

Composes-tu un album comme une entité ou comme des fragments de musiques ?

Moodoid : Il est important pour moi de concevoir un album comme un ensemble, comme un paysage. En 2015, je composais de manière spontanée sans réellement savoir ce que cela donnerait. J’ai rassemblé ces musiques et rapidement une cohérence est apparue. Une couleur urbaine se dégageait de ces mélodies, la thématique de la ville résultait donc de ces promenades. Au fur et à mesure, Cité Champagne est survenu et cela prenait tout son sens. Avec Pierre Rousseau (Paradis) nous avons pensé à un ordre des musiques en fonction des transitions comme si nous produisions une mixtape. Les chansons sont intenses, on voulait que l’enchainement induise une forme de boucle et de continuité.

La thématique de l’amour voire de l’amour impossible est omniprésente au sein de tes compositions. Qu’est-ce que cela représente pour toi?

Moodoid : L’amour sous toutes ses formes est ce qui me fascine le plus au monde. Disons que c’est comme une forme d’obsession qui me prend du temps dans ma vie personnelle. C’est une thématique qui me provoque des émotions intenses ce qui a forcément des répercutions dans mes compositions. L’amour est présent au sein du premier et du second album mais la manière de l’aborder est différente. Tel un carnet de bord, je continuerai à explorer cette thématique qui me surprend continuellement. Le reptile induit une forme d’érotisme à travers sa forme et sa peau lisse. Les mouvements lents ne nous permettent pas de l’appréhender tout comme son venin qui peut potentiellement effrayer. Tout se croise.Moodoid

La Pop Japonaise des années 80 incarne une réelle source d’inspiration pour toi. Comment as-tu découvert cet univers ?

Moodoid : J’ai découvert le Japon pour la première fois en 2014 dans le cadre d’un concert que nous avions donné. Chamboulé par la culture, j’ai composé une musique qui s’intitule Planète Tokyo. J’ai contacté Pierre Rousseau (Paradis) pour m’aider à produire ce second album et nous avons écouté cette maquette ensemble. Planète Tokyo lui évoquait la pop japonaise des années 80 et nous avons échangé autour de références communes comme Yellow Magic Orchestra. Depuis cette première découverte, je suis retourné plusieurs fois au Japon pour fouiller à travers cette culture musicale riche et méconnue. Dans les années 70-80, les musiciens fabriquaient les instruments derniers cris comme les synthétiseurs et les boîtes à rythmes. Tous les disques japonais issus de cette période sont à la fois modernes et rétro-futuristes.Moodoid

Dans « Langage », nous découvrons la voix mélodieuse de Wednesday Campanella. Comment s’est déroulée cette collaboration ?

Moodoid : Nous nous sommes rencontrés par hasard, par le biais d’une japonaise qui travaille dans la production. Elle connaissait cette chanteuse et spontanément elle percevait un lien entre nos musiques. Au début, nous avons uniquement échangé à distance et l’idée d’une collaboration potentielle est apparue. Nous avons enregistré en deux semaines sans nous voir. Récemment, nous nous sommes rencontrés au Japon pour produire deux vidéos. Depuis le début, je réalise des clips pour mon projet personnel mais pas uniquement. Pour Langage, je souhaitais produire une vidéo spontanée, un peu comme des séquences de vacances voire un documentaire. Je m’attarde énormément sur les faux documentaires comme ce que nous avons fait pour Miss Smith. Langage reprend ce principe mais sous un autre aspect étant donné que nous avons intégré une part de science-fiction.

Comment l’idée d’exercer un métier artistique est-elle survenue ?

Moodoid : J’étais en troisième dans mon petit village de 200 personnes et je pensais à des formations classiques comme tout le monde. Remarque pas vraiment classiques étant donné que je voulais devenir pilote de ligne pour voler et m’évader. J’ai compris que cela nécessitait une formation scientifique ce que j’ignorais réellement. La conseillère d’orientation nous a donné une feuille avec des possibilités variées et mes yeux se sont arrêtés sur le mot cinéma. Tout s’est enchainé par la suite.

Te souviens-tu de ton premier album acheté ?

Moodoid : À 14 ans, je suis allé à Toulouse qui est la ville la plus proche dans le but de revenir avec l’album Elephant de White Stripes. J’avais découvert ces musiques vers minuit, en écoutant la radio en cachette. Je ne comprenais pas vraiment ces mélodies qui me paraissaient étrangères, tout m’intriguait. J’ai écouté cet album en boucle pendant un an.Moodoid

Quel était le dernier ?

Moodoid : Justement en étant au Japon, j’ai acheté une quinzaine de disques mais impossible de te donner des noms comme tout est en japonais. Je prenais des vinyles un peu au hasard en regardant les illustrations. Certaines personnes ajoutent des vidéos sur YouTube mais nous devons fouiller constamment pour trouver ce que nous cherchons.

Quelles sont les prochaines étapes pour toi ?

Moodoid : Je vais partir en tournée pour une dizaine de dates dont une au Japon, au mois d’août.

« Comme sur une autre planète,

Comme pour la première fois »

Cité Champagne : Deezer

Remerciements : Balades sonores

Photos : Mélodie Jamet

 

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