Tous les mois, le magazine Néoprisme et son fondateur Bastien Stisi, spécialisés dans l’analyse des pochettes d’albums, nous font leur sélection des artworks les plus marquants des 30 derniers jours.

1. Kaytranada x Ricardo Cavolo – 99.9%

Des palmiers, des crânes et des couronnes (ici, la référence à Basquiat est évidente), des étoiles, des flammes et des bougies, et des avions et des soleils tournant autour d’un astre, incarné par le visage de Kaytranada, figure parcourue par une multitude d’yeux, par un papillon, par une allumette, par des nuages pleureurs, par une serrure dont on propose aussi la clé, et par une vierge curieusement sapée épousant la forme de son nez. Embouteillage, mais sans carambolage : la juxtaposition des couleurs et des motifs, aussi complexe soit-elle ici, fonctionne en effet parfaitement, et sacre l’une des pochettes de disques, réalisée par l’illustrateur Ricardo Cavolo, les plus ludiques et les plus identifiables aperçues au cours des derniers mois.

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2. Yeasayer x David Altmejd – Amen & Goodbye

Ce visuel-là est le visuel d’une vie. Ou d’une carrière. Mais c’est la même chose. Le visuel d’une vie donc, parce que ces personnages, fantasmagoriques et néo mystiques, absurdes et statiques, rétro et impossibles, que l’on retrouve sur la pochette de ce quatrième album de Yeasayer, ils sont, chacun d’entre eux, l’incarnation des personnages qui apparaissent au sein des morceaux figurant sur cet Amen & Goodbye, mais aussi sur les trois précédents albums du trio. « Nous voulions que toutes ces chansons et donc tous ces personnages, nous dit le groupe, puissent engager un dialogue tous ensemble ». Photo d’une famille, en somme, au sein de laquelle les liens du sang permettraient de compenser le manque de ressemblance physique flagrante entre chacun de ses membres. À la baguette de cette odyssée visuelle ambitieuse, le plasticien David Altmejd, natif de Montréal mais résident de New York, dont le chanteur Chris Keating est un fan absolu.

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3. Brav x Carlito – Error 404

Pour Brav, illustrer son second album via une photo de son père est une manière de se détacher des démarches de ses contemporains bodybuildés (entre les pochettes de Booba, de Jul et de Gradur, sûr que celle-ci fait son effet), et aussi, une manière de transcrire véritablement en images ce que dit le disque. Car puisque cet album-là, et comme l’indique son titre, évoque les erreurs irrémédiablement liées au cheminement de l’existence, autant directement l’illustrer via la photo d’un homme proche de la soixantaine qui a déjà bien vécu, et qui porte sur le visage tous les stigmates (car il est vrai que celui-ci est marqué) que la vie a bien dû finir par entraîner.

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4. The Last Shadow Puppets x Matthew Cooper – Everything You’ve Come To Expect

C’est Tina Turner qui apparaît sur la pochette du second album des Last Shadow Puppets. Parce que l’icône eighty a posé sa voix sur ce disque-là ? Que dalle. C’est juste qu’Alex Turner, moitié du duo (avec Miles Kane), avait, il y a quelques années, un poster de Tina punaisé dans sa chambre d’ado, et que l’image de ce poster (initialement tirée du travail photographique de Jack Robinson, proche de la Warhol’s Factory dans les années 70) se retrouve aujourd’hui, sans que cela implique une logique implacable, sur la couverture de cet album. Lorsqu’Alex rend hommage à Tina, une histoire de Turner.

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5. Drake x Caitlin Cronenberg x Nicky Orenstein – Views

Du haut de cette tour (la CN Tower de Toronto), Drake rend hommage – c’est du moins le sens du post Instagram qui s’est chargé de dévoiler le visuel en question – à sa ville natale, pour laquelle il ne cesse de répéter son plus profond attachement. Toronto, vu depuis le regard plein de hauteur de Drake, qui n’oublie tout de même pas de signaler sa « modestie » (mettons tout de même des guillemets ici…) en se représentant bien petit par rapport à l’immensité suggérée par la CN Tower. Un individu parmi d’autres, finalement, rien de plus et rien de moins. Ou alors, parce que sa position allait forcément faire réagir les amateurs de photoshop, c’est une nouvelle manière d’imposer, de manière quasiment autoritaire, un mème à la planète entière. Drake singé, Drake multiplié, Drake viralisé.

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D’autres analyses d’artworks ici, ici, et aussi ici.

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