jesus tatoué

Autrefois réservé aux bagnards et aux marins, le tatouage a fait peau neuve et certains n’hésitent plus à s’en servir pour affirmer leur foi. Croix chrétienne, croissant islamique et étoile de David sont maintenant monnaie courante dans les salons de tatouage. Mais qu’en disent les textes sacrés des trois grandes religions monothéistes ?

Associer tatouage et religion semble être un très curieux mariage. Autant il est possible de se figurer le tatoué un brin religieux, autant le religieux nous parait plus difficilement tatoué_ quoique, allez savoir ce qui se cache sous la soutane ou le Qamis. Les représentants religieux ne cachent pas leur désamour pour le tatouage, pratique qu’ils associent, toujours avec la même célérité, à la délinquance ou à la consommation de stupéfiants. Que voulez-vous, c’est la destinée de l’aiguille d’être constamment condamnée pour l’héroïne, mais jamais saluée pour les vaccins.

A l’origine du tatouage religieux

Pourtant le tatouage n’est pas une problématique moderne. Il est aussi vieux _ si ce n’est plus_ que la religion elle-même. En effet, il a été retrouvé dans les Alpes italo-autrichiennes, un corps momifié datant du néolithique (c’est-à-dire, 3500 ans av. J.C.) tatoué de petits traits parallèles sur les jambes et les lombaires. D’autres corps momifiés, et tatoués, datant tous d’avant notre ère, ont été retrouvés en Grèce comme au Japon et témoignent de l’étendue et de la popularité de cette pratique.

tatouage momie

Du tahitien tatau, qui signifie « marquer », le tatouage était utilisé pour des raisons à la fois sociales, mais aussi esthétiques. Il permettait d’identifier un membre d’une tribu mais aussi sa place hiérarchique dans celle-ci. Les exemples les plus célèbres de cette coutume sont le peuple maori ou les aborigènes d’Australie. D’autres tribus d’Asie du Sud-est, accordent au tatouage des propriétés presque magiques, susceptibles de protéger de la maladie ou du mauvais œil. Le procédé était très rustique : un os taillé en pointe puis trempé dans de l’encre. 
Mais le tatouage est resté des siècles durant une pratique exclusivement orientale. La faute au pape Hadrien qui le bannit en Occident, puis faute à l’invasion normande qui culturellement n’avait que faire des tatouages. La chose aurait pu tout à fait disparaître, si elle n’avait pas subsisté parmi les marins qui, pleins d’astuces, se tatouaient alors une croix sacrée sur le dos pour échapper au supplice du fouet.

marin tatouage

Force d’admettre toutefois, que l’homme ne tatoua pas toujours son prochain pour de bonnes raisons. Était alors contraint au tatouage, les déserteurs et les prisonniers, qui, pour être reconnus au premier coup d’œil, devaient garder sur leur peau la marque de leurs méfaits. Le tatouage a remplacé le fer rouge sur la peau des esclaves et des prostitués, alors vendus en grand nombre dans tout le bassin méditerranéen.

Puis il fut réservé à une élite de motard, de punk, de membres de gang et autres marginaux en tout genre, pour enfin se démocratiser entre les années 90 et 2000. Maintenant les plus jeunes se tatouent, sans être passés par la case prison, et qui se rend dans le quartier des affaires à Londres aux sorties des bureaux, pourra observer nombre de respectables banquiers, ôter leur chemise pour révéler de larges tatouages sur la nuque et les bras. Ce n’est plus vulgaire, ce n’est plus subversif, pour tout dire, le tatouage est devenu commun. Pour tout le monde ? Non, bien sûr, demeurent encore quelques irréductibles groupes religieux, qui continuent à y voir une pratique diabolique, ou plus prosaïquement, une révolte contre l’ordre établi. Sur quoi s’appuient-ils pour crier leur dégout ? Rien de moins que sur les textes sacrés.

 

•LE CHRISTIANISME ancien a souvent endossé le rôle de censeur, voir parfois celui, plus vindicatif, d’inquisiteur. Preuve comme la chrétienté fut bien souvent une épine dans le pied de la science et de la médecine. Pour ce qui est du tatouage, la chose n’est pas même matière à débats : elle est même tout à fait proscrite. Il faut se reporter au Lévitique, le troisième des cinq livres qui constitue la Torah, pour y lire :

 Vous ne ferez point d’incisions dans votre chair pour un mort, et vous n’imprimerez point de figures sur vous. Je suis l’éternel.  Lévitique 19.28.

Cette interdiction arbitraire peut se justifier de plusieurs façons. Tout d’abord le tatouage vient se confronter à un concept quelque peu oublié du christianisme, celui de la marque de Dieu : « … vous avez obtenu de Dieu l’Esprit saint, lequel vous a marqué de son sceau pour lui appartenir » Éphésien 1.13. Pour vulgariser, l’homme ne se posséderait pas lui-même, mais appartiendrait à Dieu, et tel un appartement en location, votre corps doit être gardé propre jusqu’à l’état des lieux_ la mort est une sorte de grand état des lieux. Mais l’interdiction du tatouage peut être encore comprise autrement. En effet, les aficionados du tatouage expriment souvent l’envie de faire de leur corps une œuvre, mais, selon le dogme chrétien, le corps est déjà une œuvre en soi. Dans l’évangile, Dieu fit l’homme à partir de boue et de glaise, et l’œuvre formée est achevée. Terminée. Apposer un tatouage, reviendrait à faire une œuvre, sur une œuvre, à peindre par-dessus un tableau de maitre. Le pasteur David Porter explique cette drôle d’idée par cette phrase :

Mettez-vous un autocollant sur un porche ?

Mais ce qui peut paraître paradoxal, voir hypocrite, est que le catholicisme est la religion la plus iconographique qui soit. Ces représentations multiples ont été financées et encouragées par l’église elle-même, qui incitait à peindre les descentes de croix, à dessiner la vierge Marie, autant pour l’amour de l’art que par prosélytisme. L’église finance aussi les produits dérivés, tels que les briquets Saint-Jean, ou les slips Marie-Madeleine, et devant une telle production, il est curieux de la voir s’entêter contre les tatouages. D’ailleurs pour qui veut se tatouer, la religion catholique peut se vanter d’avoir le plus large choix de sujets.

tatouage croix

Tatouage croix

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La céne, tatouage religieux

La cène, tatouage religieux

 

 

• Dur de reprocher à L’ISLAM de ne pas s’épanouir dans le tatouage, tant il a suivi au fil des siècles une tradition aniconiste_ c’est-à-dire une absence de représentation matérielle. C’est un fait établi que l’art musulman ne trouva aucun mécène pour peindre et dessiner des épisodes de la vie du prophète. Ce dernier, tout comme Dieu, est formellement interdit d’être représenté, et l’islam surveille les iconoclastes. D’ailleurs cette absence de richesse limite le choix de tatouages. Les musulmans pratiquants n’ont d’autre choix que le croissant islamique, la main de Fatima représentant les cinq piliers de l’islam, ou tout simplement, une sourate entière ; choix plutôt limité en comparaison de l’art chrétien.

Pourtant, il n’y a, dans le Coran, aucun Hadite_ c’est-à-dire la parole directe et oral du prophète Mahomet_ interdisant directement le tatouage. Ce dernier est toutefois considéré comme Haram par les courants sunnite et chiite. Mais alors d’où vient cette interdiction ? Elle n’est pas à trouver dans le Coran, mais dans certains échanges rapportés. Selon Umar, compagnon de Mahomet que les sunnites considèrent comme le deuxième des califes « bien guidés» , le prophète aurait dit à un groupe :

 « Ne tatouez personne et ne vous faites pas tatouer. »

De manière similaire au catholicisme, l’islam considère le corps humain comme un prêt fait par Dieu, dont l’homme à la charge de conserver. Islam Cheikh Ahmad Kuttu, spécialiste de l’islam à l’université de Toronto précise que :

 « … notre corps ainsi que toutes les facultés dont nous sommes dotés, sont un dépôt qu’Allah nous a confié, nous devons en prendre soin et nous en servir dans le bien, de la meilleure manière possible. »

Là encore est proscrite toute manière d’altérer l’œuvre de Dieu – dont le tatouage -, mais cette idée est encore plus poussée dans l’islam, car elle va jusqu’à interdire aussi tout ce qui peut d’une manière générale être néfaste au corps, comme le tabac ou l’alcool. Le tatouage est lui aussi considéré comme une « dépravation » et un risque pour la santé. Dans des sites comme IslamWEB, l’accent est mis sur le danger sanitaire du tatouage, sur les risques d’aiguilles mal stérilisées et les épidémies d’hépatites. D’autres, comme sur le site Convertistoislame voit en le tatouage une pratique mécréante, symptomatique de civilisation en déclin, ou plus simplement, la marque même du diable.

tatouage religieux islam

exemple de tatouage islamique

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tatouage religieux

Exemple tatouage religieux

 

• LE JUDAÏSME est, tout comme l’islam, issu d’une tradition aniconiste. La religion juive proscrit toute forme de représentations, car elles conduiraient inéluctablement à l’idolâtrie. Les temples, tout comme les mosquées, n’ont pas le décorum et les vitraux que l’on retrouve dans des églises chrétiennes.

Comme est dit dans l’incipit de l’œuvre Illustration de la bible chez les juifs :

 « L’extrême rareté ou pour mieux dire, l’absence quasi totale de représentations figurées des personnages, et des scènes bibliques, a fait douter pendant des siècles de l’existence d’un art juif dans la peinture et la sculpture appliqué à la religion. »

Cette censure a perduré religieusement, bien que culturellement, de talentueux peintres et artistes furent issus d’une éducation judaïque. La représentation religieuse n’est pas interdite et punie avec la même velléité que l’islam, mais n’est point encouragée. Or, parmi tous les différents médiums d’expression iconographique, le tatouage est justement le plus toléré dans la religion juive. La raison à cela n’est pas sans tristesse, car elle nous ramène à la Seconde Guerre mondiale et ses infâmes camps d’extermination. Nombreuses furent les victimes de la Shoa à avoir été tatouées de force d’un numéro de matricule. À la libération, les survivants étaient alors forcés de vivre avec cette marque proscrite par leur religion. En réponse à cela, les prescriptions rabbiniques se firent plus souples. Des sites comme, la Tribune Juive, assurent ses jeunes pratiquants de ne point condamner le tatouage, et font même état de l’existence de plusieurs rabbins à travers le monde, tatoués. L’histoire a forcé la religion juive à s’adoucir et même à s’approprier le tatouage. Plus récemment, une nouvelle mode a envahi la nation israélienne : celle de se faire tatouer sur le bras le tragique numéro de ses ancêtres. La chose a engendré une tempête médiatique, ou certains y voyaient une forme sincère de respect, quand d’autres condamnaient le mauvais gout de la chose. Quoi qu’il en soit, la jeunesse juive du monde entier peut sereinement se laisser tatouer une étoile de David ou une menorah sans crainte d’offenser leur religion.

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