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Grosse claque. Sur l’EP « Bruises », Anton Oak nous avait déjà bluffé par la richesse de sa musique, dont la narration nous laissait déjà nous faire nos propres films mentaux. Dans ce sens, « So far too close » est un niveau au-dessus, plus intime, et prend aux tripes par ce qu’Anton qualifie de « jolie mélancolie ». Pour ne pas dire de bêtises sur ce bijou visuel, on a lancé une entrevue croisée entre lui et Robin Pogorzelski, pour discuter de l’utilité du clip en 2016, et du folklore breton.

BEWARE: Comment vous êtes rencontrés à la base ?

Robin: On s’est rencontrés avec Antoine sur mon premier court métrage, qui n’est jamais sorti en fait. Il faisait la musique dessus. C’était un road trip, un type qui partait chercher son père à l’autre bout de la France. Mais en gros c’était un film d’étudiant, il y avait beaucoup de problèmes techniques.

Anton: On s’est rencontrés à l’école en fait. Je finissais mes études, tu finissais les tiennes, ca fait cinq ans.

B: Tu faisais quelles études ? 

A: J’étais à la fac, je faisais des études de musique appliquée aux arts visuels à Lyon. Je l’ai connu aussi à travers Adrien, qui est réalisateur de mon premier clip.

B: Du coup, tu as déjà beaucoup mis de l’image en musique

A: Tout à fait, mon but à travers ces études c’était de trouver un maximum de projets à faire. On bossait beaucoup avec les étudiants, et donc Adrien et Robin.

B: Naturellement, on sent qu’il y a de la narration dans ta musique

A: Oui, je fais de la musique depuis toujours. J’ai commencé étant enfant d’instrumentistes classiques, mais le début de la vraie composition a été quand j’ai commencé à l’université.

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B: De ton côté Robin, tu as toujours travaillé avec des musiciens pour illustrer tes courts ? 

R: Ça a toujours été plus ou moins Antoine. On n’a pas eu non plus des dizaines des courts, il y en a eu 2. C’est vrai que sur « les souffles »  j’ai travaillé avec lui, mais on avait repris une composition originale.

B: Ce qui est marrant dans cette collaboration, c’est qu’Antoine bossait la musique pour ton image, et pour ce clip c’est l’inverse. Le processus est différent ? 

R: Je pense qu’on a des univers visuels et musicaux qui collent, et que dans les deux sens ça fonctionne bien

B: Comment vous definiriez l’univers de l’autre ?

A: L’univers de Robin, c’est Terrence Malick, des caméras volantes…Ce sont d’abord les plans tableaux de Robin qui m’ont marqués et ensuite la lumière, en particulier dans « les souffles ».

B: Esthétiquement, c’est quoi tes influences, Robin ? 

R: C’est toujours compliqué, il y a des auteurs que j’aime beaucoup mais difficile de dire s’ils m’influencent, comme le cinéma de l’est, le cinéma russe. Il y a une esthétique très particulière et les films le sont tout autant. Après je passe un temps monstrueux sur Vimeo à regarder les staff picks donc je me fais aussi influencer par ce que je vois tous les jours, il n’y a pas une influence particulière.

A: Tu as une narration très symbolique quand même, de manière générale. Tu vois, c’est difficile de parler de son travail (rires).

B: Comment tu définirais la musique d’Antoine ? 

R: Je dirais qu’il y a quelque chose de très visuel dans sa musique, qui laisse de l’espace à l’image, qui est très cinématographique, c’est ce que me plaît beaucoup. C’est aussi très aérien, très planant, c’est une musique qui laisse imaginer pleins de choses.

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B: Ce n’est pas de l’application littérale de paroles en images

R: Non voilà, et puis même les textes sont souvent assez ouverts.

B: Comment ça s’est passé pour ce clip ?

A: Ça n’a pas été très compliqué, j’ai appelé Robin un jour en lui disant « j’ai besoin d’un clip », et il m’a dit « okay, j’ai une idée ». Et ça m’a fait un peu peur (rires). Mais je lui ai dit d’accord parce qu’au bout d’un moment c’est aussi chacun son métier, il faut faire confiance aux gens. Si tu bosses avec des réalisateurs, ils auront une meilleure idée que toi quoiqu’il arrive. Mais c’est vrai que quand il m’a dit « je vois bien une cosmonaute qui saute dans une piscine »…

B: C’est quoi le synopsis ? 

R: Oh c’est très simple, on s’est quand même un peu basé sur les paroles, parce que ça parle d’une histoire d’amour avec une trahison.

A: C’est un drame amoureux quoi. C’est une rupture épouvantable où la personne fait tout ce qu’elle peut pour sortir fière de ça, c’est quelque chose de très sombre qui remue beaucoup.

B: D’une manière plus générale, c’est facile d’être un jeune réalisateur de clips aujourd’hui ? 

R: Pour le clip, je ne sais pas trop parce que je n’ai pas une expérience monstrueuse dedans. Ce qui est sûr c’est que c’est plus facile de faire de la vidéo car tout le monde peut avoir accès au médium, après il y a moins de visibilité derrière. C’est tout l’enjeu aujourd’hui, tourner les vidéos mais aussi réussir à les diffuser.

B: C’est un format qui t’attire plus que les courts et longs métrages ? 

R: C’est différent, dans le clip il y a quelque chose de plus instinctif, c’est plus facile à mettre en oeuvre, à la différence d’un court métrage qui prend des mois de préparation, avec l’écriture aussi. Le clip a une approche plus simple et permet une liberté artistique.

A: Après on n’est pas dans un clip de groupe classique. Je sais que si je travaille avec Robin, il ne va pas me filmer en train de chanter devant un micro. Je sais qu’il va faire du plan cinématographique.

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B: C’est quoi les différences entre l’écriture d’un clip et d’un court ?

R: Ça dépend du clip, certains sont très narratifs et sont proches du court métrage, d’autres sont très visuels. Là on était entre les deux, la narration était simple mais l’idée était surtout de créer une ambiance autour. En plus de ça , la musique définit l’écriture, on doit se greffer dessus.

B: Je discutais avec un réalisateur il n’y a pas longtemps, et il me disait que l’ère du clip était morte, vous en pensez quoi ?

A: Je ne suis pas totalement d’accord…Je ne sais pas, c’est tellement compliqué parce qu’il y a tellement de clips différents mais je trouve que c’est aussi un médium d’artistes. Quand je vois des gens comme Gondry, ou Chris Cunningham qui font des clips pour Aphex Twin, des petits bijoux, je ne me dis pas que le clip est mort. Je me dis que c’est devenu depuis 15 ans un moyen d’expression comme un autre, alors effectivement il y a toujours le clip lambda qui est là juste pour illustrer une musique ou faire juste un visuel pour l’artiste.

R: Et puis je pense qu’aujourd’hui il y a des artistes qui marchent en grande partie grâce à l’univers visuel autour de la musique qui fait une grande partie du travail.

A: Comment s’appelle ce rappeur de l’est qui a explosé cet été avec son clip complètement chelou?

B: Tommy Cash

A: Voilà, le clip est incroyable. Le format clip peut te faire une carrière aujourd’hui, ou au moins une reconnaissance de fou.

B: Il n’y a pas un côté pervers à vouloir faire du coup un clip « buzzable » pour que ça soit remarqué ? 

A: C’est le risque, mais de toute façon on ne sort pas quelque chose pour que ça ne plaise pas aux gens.

B: Tu préfères travailler avec un seul réalisateur pour garder une cohérence esthétique visuelle ou ça ne te pose pas de problème de faire ça avec plusieurs réalisateurs ? 

A: Ça ne me pose pas de problèmes de bosser avec des réalisateurs aux visions différentes, néanmoins j’aime travailler avec les copains. Je veux dire, Robin est une rencontre d’études, le genre de rencontres avec laquelle tu te fabriques. Je connais aussi les goûts musicaux de Robin, c’est quand même un mec qui connaît ma musique.

B: Dans une autre discussion, on m’expliquait que souvent, les chefs op et réalisateurs étaient influencés par la lumière de l’endroit où ils ont grandi, et que ça marque leur image, c’est ton cas ?

R: Je pense que ça a forcément une influence, j’ai grandi en campagne jusqu’à mes 13/14 ans. C’est vrai que c’est rare que j’écrive sur une histoire qui se passe en ville. Instinctivement, ça joue beaucoup, ce sont des images qui t’ont imprégné quand tu étais gamin, ce sont des choses qui reviennent aussi.

B: Antoine, toi aussi tu as grandi dans la nature ?

A: J’ai grandi dans la banlieue lyonnaise, autour d’esthétiques musicales très différentes, mais je sais que le hip-hop est quelque chose qui me suis malgré tout, que je garde avec moi. Je ne sais pas si c’est une volonté, mais j’y retourne assez avec toutes les autres esthétiques dont je me suis inspirées depuis. Je pense que le premier album que j’ai écouté, c’était « l’école du micro d’argent » que j’ai écouté 1500 fois, ensuite c’était une compilation de Jacques Brel, c’est par période.

B: Plus tôt, tu me disais que tu venais d’une famille de musiciens ?

A: Oui, mes parents font de la musique depuis toujours, mon père est saxophoniste et ma mère flûtiste. Je les ai toujours connu jouant dans l’harmonie de ma ville natale, j’allais voir leurs concerts. Et donc à six ans, on nous a mis des instruments dans les mains à mes soeurs et moi.

B: Quels instruments ?

A: C’est la voix d’abord je pense, j’ai commencé le violoncelle en même temps à peu près. Je prenais des cours de chant, je suis resté six ou sept ans à la Maîtrise de l’Opéra de Lyon.

B: Comment tu en es arrivé à mettre de la cornemuse dans ta musique ? 

A: (rires) Ça c’est assez récent!  Pendant que je faisais mes études à Lyon, j’ai rencontré mon colocataire actuel qui s’appelle Étienne Chouzier, et lui est breton et joue de la cornemuse. Il m’a ramené dans toute cette culture bretonne que je ne connaissais pas du tout et qui est formidable, avec des instruments avec lesquels tu peux faire pleins de choses. C’est marrant que tu m’en parles, apparemment ça a marqué les gens. Mais oui, la première fois que tu te retrouves devant un orchestre traditionnel breton, tu te prends une grande tarte dans la gueule quand même.

B: C’est quelque chose que tu vas continuer à intégrer dans ta musique ?

A: C’est quelque chose que je garde à côté de moi. Quand j’ai ramené mes cornemuses la première fois, c’était à moitié pour rire et à moitié sérieux parce qu’on se disait que le morceau était vraiment cool et qu’on avait vraiment envie de le faire en live. En plus, on s’est dit qu’au Batofar, les gens n’avaient jamais vu ça de leur vie. La cornemuse en tant que telle ne m’a pas influencé, mais il y a quelque chose dans la musique bretonne, une approche musicale dont je me nourris.

B: La suite, c’est ton EP qui sort le 4 novembre, c’est ça ? 

A: Voilà, il n’y aura pas de cornemuses dedans, surtout parce que c’est un EP qui est un tout petit peu plus intimiste, un peu plus imagé de manière générale.

L’EP d’Anton Oak sort sur le pur label XVIIIEPENINSULE, mais il est aussi sur Facebook et Soundcloud

Tout le travail de Robin Pogorzelski est à retrouver sur son site

Eric Rktn est sur Twitter

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