Rien n’est de tout repos pour le groupe montréalais Rust Eden. Le problème quand on est allumé comme le sont ces cinq gars-là, c’est que tout semble être une bonne et une mauvaise idée à la fois. Apartment Green, leur album le plus récent, sorti en mai dernier, est l’agencement ultime de plusieurs de leurs meilleures idées combinées.

Le guitariste et chanteur Alexandre Larin et le bassiste David Bastien sont de bons chums qui se connaissent depuis longtemps. À peine adultes, ils avaient déjà trouvé leur passion, qui est, et sera toujours, la musique. La musique rock à part de ça! Ce qui était au départ un duo est devenu un trio, puis un quatuor et finalement un quintette. Bon ok, on peut dire que c’est un band. Car avec leur rock planant et leur musique vaporeuse mais groovy, ils le méritent haut et fort.


Au fil des années, le groupe s’est construit grâce à un processus créatif devenu leur formule gagnante. La recette est simple : le grand manitou de l’écriture et de la composition, c’est un peu tout le monde. Pour cette équipe de gars, ce sont les sessions de jams qui sont à l’origine de chaque chanson. « Quand on joue et qu’après avoir fini le jam on se regarde en voulant dire qu’on tient quelque chose, on se dépêche de l’écrire et on recommence à jouer, raconte David. Le reste s’enchaîne naturellement… »

Rust Eden

Beware.MTL espère ne pas vous l’apprendre, mais le monde de la musique est en plein changement. La mode est à l’EP et aux téléchargements. Un point fort d’Apartment Green, c’est qu’il utilise les rouages du milieu musical tout en demeurant fidèle au style de Rust Eden, faisant bien attention de ne pas se corrompre au profit d’une mode passagère. « On préfère être underground mais fidèle à notre style du début à la fin, que de changer notre son pour connaître un buzz de quelques temps et être oublié ensuite », explique Alexandre.

D’ailleurs, leur son est travaillé avec finesse. « Souvent, les gars vont me jouer un extrait et me demander comment je pourrais transformer [le son] pour aller chercher quelque chose de nouveau, quelque chose qu’on est pas habitué d’entendre et qui va créer de la surprise et de l’intérêt dans l’oreille de ceux qui vont nous écouter », décortique Benoit Parent, le claviériste du groupe.

Rust Eden

« De saison tout est bon »

Une autre force de Rust Eden, c’est la patience. Tant dans le processus de création que pour le produit fini. Le drummer du groupe, Marc-Antoine Sévégny, amène sur ce point la réflexion qu’à « force d’aller trop vite, c’est immanquable, que tu vas passer à côté de quelque chose de fort, ou sinon, c’est ton auditeur qui va décrocher ». C’est d’ailleurs peut-être l’idée derrière une scission marquée entre le cinquième morceau Catelio et le sixième Sister, en plein milieu de leur album. Un silence prolongé de quelques secondes qui permet de remarquer aisément comment s’enchaîne doucement et timidement Sister suite à la grosse finale sonore et « brasse-camarade » de Catelio.

Tandis que Catelio est le paroxysme d’une montée dramatique qui se construit depuis le premier morceau, Sister, marque quant à lui le début d’une autre progression qui persiste jusqu’à la fin de l’album. Deux ascensions qui s’échelonnent respectivement sur cinq et sept morceaux, et nous donnent l’impression d’écouter en fait deux EP l’un à la suite de l’autre. C’est comme si on montait deux montagnes dans la même journée : une fois en haut, on ressent quelque chose, une sorte de paix intérieure. La patience et la minutie ont permis de créer cet effet.

« Chacun se fait son destin » Henri-Frédéric Amiel

Puis, il y a toujours trois signes qui ne trompent jamais lorsqu’on veut savoir si un album est réussi. Premièrement, les chansons s’enchaînent comme si elles n’en formaient qu’une. Lorsque vos idées vont et viennent, au gré des vagues de la mélodie, c’est de la folie. Deuxièmement, lorsque vous perdez la notion du temps, l’album est libérateur. Et enfin, lorsque vous devenez subitement inspirés et productifs dans la réalisation d’un projet tout en écoutant votre musique, cela veut dire que l’album est prometteur, qu’il a de la volonté, et un certain mordant.

En fait, si cet album avait un message à transmettre, il serait le suivant : pour faire face à l’avenir, il faut d’abord faire face à son passé. La synergie de Rust Eden arpente avec vénusté l’Apartment Green pour faciliter l’agitation de nos idées et nous aider à continuer d’avancer avec confiance… On peut leur dire merci !

Pour suivre Rust Eden : facebook | bandcamp | soundcloud | youtube

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