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crédit photo : Déborah de Robertis

Dimanche matin 27 mars 2016, alors que le Christ n’avait plus que deux jours de tombeau à tirer, l’artiste luxembourgeoise Déborah De Robertis a été appréhendée et placée 24h en garde à vue pour exhibition sexuelle. En cause, sa performance à la Maison Européenne de la Photographie, qui clôturait ce jour-là sa rétrospective des œuvres de Bettina Rheims_ portraitiste renommée et élève de Helmut Newton, responsable de séries iconiques telles que I.N.R.I ou de shoot glamour bien symptomatique de nos 90’s. Mais c’est sur une photo toute particulière que Déborah De Robertis a jeté son dévolu : « Breakfast with Monica Bellucci » de 1995, où l’actrice italienne, toute de rouge vêtue, verse langoureusement du ketchup sur ses pâtes. Toute une époque. Grimée comme sur la photo_ quoique bien plus vulgairement_ poitrine apparente, fesse à l’air, Déborah De Robertis, effeuilleuse à mi-temps, s’asperge de ketchup et se caresse la poitrine devant la photo incriminée, il y a I want you to lick my ketchup en fond sonore et des ralentis à la ramasse, et d’ailleurs pourquoi je vous en parle, vous n’avez qu’à regarder la vidéo:

Autour, le public de badauds, majoritairement constitué d’acteurs, applaudit et encourage, jusqu’à ce que la sécurité intervienne. À la journaliste Éloise Bouton, pour Brain Magazine, l’artiste déclare contester :

«… le système hiérarchique du monde de l’Art. Je refuse d’attendre comme une pute sur le trottoir qu’un directeur de musée veuille bien reconnaître mon travail. De fait, ce n’est pas anodin que les artistes femmes soient aussi peu présentes dans le monde de l’Art que dans le monde politique. »

photo DR

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Évoquer Deborah De Robertis est délicat. Il y a une marée d’écueils, et de bourbier, et de honteuse subjectivité à devancer, et vous êtes surement nombreux comme moi à vous abstenir de tout débat impliquant quoique référence au féminisme _ non pas que vous soyez un monstre d’indifférence, mais l’interlocuteur en face est souvent trop passionné et la maladresse d’un mot est sujet au blasphème. Et pourtant malgré l’odeur de soufre, il est important de porter un avis critique sur cette jeune artiste luxembourgeoise. On aimerait avoir à ne parler que d’art, et uniquement d’art, mais tristement on ne peut pas. Il faut parler idées.  Du fait que l’art puisse véhiculer des idées. Que l’art puisse être politique.

Je ne vous cache pas que sous cette forme il n’a jamais été à mon goût. Surement qu’il me manque une sensibilité sociale. L’art je l’ai toujours préféré sans étendard. Lorsqu’il sert une cause _ autre que la sienne_ il devient désespérément raisonnable, vertueux jusqu’à l’os ; trop pratique.  Les idéaux invoqués, même grandioses, sont alors limités par la raison et le bon sens, et ce lorsque l’art peut être parfois si talentueusement amoral, si dénué de logique. L’art c’est l’asile pour tous, même pour le dernier des salauds. Ni une oriflamme ni une cocarde. Et c’est pour ça que le voir appliqué/mélangé à une cause politique ou sociale m’emmerde un peu. L’art est intime et humain ; une société est froide. Puis l’art est plein de doute quant à sa fonction, il s’interroge constamment sur lui même et s’entrevoit par moment, souvent à raison, comme superflu.  Que l’art soit une nécessité est discutable, que l’art soit de nature militante est discutable, que l’art même soit perçu comme un combat est plus que discutable. Et derrière ces incessantes discussions se cache peut-être ce qu’il est réellement.

C’est une opinion toute personnelle, et pour qui souhaite un autre son de cloche, je vous conseille la lecture d’une récente tribune de Thibaut Croisy paru dans le Mondepour renouer avec un art militant

 

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Crédit photo: Magalie Delporte

Mais déjà je m’avance sans répondre à cette toute première question : Déborah De Robertis est elle une artiste militante ?



Déborah De Robertis est née le 12 février 1984 au Luxembourg, et a poursuivi des études graphiques à l’ERG de Bruxelles. D’un compte Viméo _inactif depuis deux ans _ nous sont donnés à voir les trailers de ses différents films, annonçant déjà l’inépuisable thème : le rapport homme/femme (je dis inépuisable sans sarcasme, il y a tant déjà été dit et tant encore à dire). Dans Les hommes de l’art elle interview, et ce complètement nue, différents hommes évoluant dans le monde de l’art, galeristes, curateurs, artistes, et s’attache à capturer leur regard rebuté ou désireux. Puis dans Cherry on top et dans le micro film Zan, elle porte son intérêt sur le plus que polémique Zan Perrion, pick-up artiste et motivational-speaker, fondateur de la nauséeuse Seduction Community, et il me faut bien saluer la pertinence de ce sujet. Puis un trailer, énigmatique, Prélèvement, où l’artiste se met à nouveau en scène côte à côte avec son sujet, dans une approche plutôt narcissique, qu’elle justifie en sa qualité de performeuse, mais surtout, en considérant représenter par son corps la Femme avec un grand F.

En 2013 elle est choisie par le gouvernement Luxembourgeois pour la résidence de la citée international des arts de Paris. Le jury félicite la cohérence et la continuité de sa démarche artistique.

 

Mais tout ça, c’est broutille, vous le savez, car bien que ce travail trouve son écho dans le reste de sa carrière, Déborah De Robertis n’est véritablement née aux yeux du public que le jeudi 29 mai 2014 _ jour de l’ascension comme le précise pratiquement chaque média. Inutile de vous répéter trop longuement le crime : Déborah De Robertis s’est assise calmement devant le tableau L’Origine du monde, vêtue d’une robe dorée sensée imiter le modèle de Courbet, et a écarté ses cuisses dévoilant un sexe presque identique à celui peint tout près. La mise en scène est sobre. L’Ave Maria de Schubert et la voix de l’artiste scandant le quatrain d’un obscur poète comme seul musique. La sécurité intervient, l’artiste est expulsée manu militari, et, bien sûr que bien sûr, c’est le buzz. La vidéo est partagée, la presse s’en mêle, l’artiste donne plus d’interviews qu’il ne m’est capable d’en lire, les gens s’offusquent ou s’exaltent, on célèbre la femme, on désole la femme, on ne sait pas trop, mais le constat est clair : Déborah De Robertis, artiste performeuse et ex-femen, vient de gagner sa place sur la scène artistique par la grande porte.

"L'Origine du monde", de Gustave Courbet exposée au Grand Palais à Paris en octobre 2007. AFP/THOMAS COEX

« L’Origine du monde », de Gustave Courbet exposée au Grand Palais à Paris en octobre 2007. AFP/THOMAS COEX

Dessin de Rodrigo Yokota

Dessin de Rodrigo Yokota

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crédit photo : Déborah de Robertis

Pourtant, l’action artistique dénudée dans un lieu public ne date pas d’hier et Déborah De Robertis ne fait pas partie des plus violents. Valie Export, Milo Moiré, ou plus récemment Steve Cohen sont à citer. Inutile de vous dire que sa performance à Orsay a suscité des avis plus que mitigés. La dynamique est la même dans chaque cas : les insensibles, les ignares, en somme les provinciaux, ne voient là que pornographie gratuite et vulgarité à deux sous, alors que l’élite parisienne plus instruite sait déceler le discours. Mais jeter à nouveau l’opprobre sur le petit peuple serait erroné tant il nous faut admettre que la performance nue en elle-même n’a jamais brillé par sa clarté. Rares sont les fois où l’artiste, le lendemain, n’a pas eu à gribouiller une petite bafouille pour justifier, expliquer, révéler le sens de son acte. De là à dire qu’une œuvre n’est réussie que lorsqu’elle parvient à s’exprimer par elle-même ; oui, disons-le. Le résultat final de l’œuvre appartient généralement au point de vue du spectateur, et devient ce que le spectateur entrevoit en elle, et la volonté initiale de l’artiste, si elle n’est pas parvenue correctement à être partagée, est amenée à disparaître. Entre l’intention et l’exécution, il y a un monde. Un gouffre. La performance nue ne parvient que très rarement à le combler.

Mais au jeu de la petite bafouille justificative, Deborah De Robertis s’en sort très bien. Dans une tribune du nouvel obs, et dans d’autres divers interviews, elle développe une théorie d’œuvre qui observe le public, en opposition au public qui observe l’œuvre. Elle parle de l’œil du sujet, de cette Origine du monde tant de fois observée mais qui n’a jamais regardé en retour. L’idée est intéressante, et on peut fantasmer différentes transpositions sur d’autres tableaux, impudiques aussi dans différentes manières. Pour ma part, et pour rester sur Courbet, j’ai toujours trouvé Le désespéré plus obscène que l’Origine du monde. Alors voilà, tout est expliqué, Déborah De Robertis était nue, car le sujet incarné l’est aussi, elle montre son sexe et le tableau aussi ; l’inversement, le miroir, l’écho, ça tient la route. Elle fait preuve toutefois d’une ingénuité douteuse lorsqu’elle assure ne pas vouloir être transgressive, rejette tout aspect pornographique, s’étonne candidement que le sexe fasse vendre, et n’admet pas la dynamique polémique de sa performance_ qui est pourtant son effet dominant_ mais ce n’est pas grave, c’est le jeu, c’est entendu. Et au jeu, elle s’y prête bien, répondant à toute interview qui lui est proposée, affinant à chaque fois mieux son discours. Elle ajoute aux Inrocks:

« Et je pense que les médias font partie de la performance. »

De ce point de vue, c’est un sans-faute.

 

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Le coup d’éclat à Orsay porte ses fruits : le 8 décembre 2014 , le Casino du Luxembourg surf sur la vague et passe une commande d’un budget de 70,000 euros et d’un paiement de 10,000 euros à Déborah De Robertis pour produire deux projets vidéos composés de 17 pièces. L’exposition fut programmée pour septembre 2015 et devait être nommée Mémoire de l’origine et regrouper des œuvres photographiques inédites de l’artiste. Mais l’exposition est brutalement annulée par le Casino qui invoque un problème de communication, et avance que l’artiste « n’a pas réussi à formuler une proposition claire » selon Kevin Mullen, son directeur.

Ni une, ni deux, Déborah De Robertis organise en réponse rien de moins qu’une conférence de presse! Habilement nommée Une mécanique de la censure, la mise en scène a été soignée : faux gardes du corps, militantes féministes aux aguets, l’air grave. L’affaire est sérieuse. Même que sur l’invitation, ils ont placé le logo du Casino au niveau du sexe de l’artiste  :

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Et pour les plus courageux, vous trouverez la lettre complète sur ce lien.

Suivant sa logique d’incarner toutes les Femmes, sa censure devient la censure de toutes. Ce n’est pas l’individu Deborah De Robertis _ et sa matérialité discrète qui lui est propre_ qui est mis ainsi au silence, mais la mère, l’épouse, la fille, la Déesse Diane, les trois Grâces, les neufs muses ; la Femme éternelle et millénaire. L’artiste entreprend actuellement des démarches avec son avocat contre le Casino et jure de mener « un combat ».

credit photo Filipe Ferreira

Crédit photo: Filipe Ferreira

credit photo Lex Kleren

Crédit photo: Lex Kleren

Et enfin, le 16 janvier 2016, Déborah De Robertis réitère, et s’exhibe, toujours à Orsay, mais devant l’Olympe de Manet. La sécurité fut plus réactive cette fois ci, et l’a aussitôt encadré, ne lui laissant que peu de temps pour agir. L’événement filmé par son entourage témoigne toutefois d’un profond changement dans sa démarche. Alors qu’elle s’efforçait de produire un inversement général du rapport public/œuvre, son discours se fait plus précis et se focalise désormais sur la place du modèle féminin, qui serait exploité par le peintre, puis en second lieu par le public. Le modèle féminin serait, selon elle, comme emprisonné dans son cadre, soumis au pire des voyeurismes, mutique, et désespéré. Déborah De Robertis dit défendre le point de vue des modèles, comparant le musée à des proxénètes et leurs œuvres à des prostitués. Sous fond de musique grossière et d’un montage épileptique bien rentre-dedans, la performance, réalisant son échec, change de cap et tourne en véritable procès contre la sécurité du musée, filmée comme des membres de la Stasi. Discrète et silencieuse dans sa première vidéo, Déborah se fait entendre, haranguant la foule à coup de « ne privez pas les gens de comprendre », « moi je fais de l’art ». Plus chaotique, moins cérémonial. La sécurité, polie, lui demande de remettre son manteau, et elle lutte pour dévoiler au maximum des parties de son corps à un public complice. La chose s’avère tout à fait gênante. Pour cette performance elle passera 48h de garde à vue excessive, et le musée d’Orsay portera plainte. Là encore, les déclarations d’avocat, et d’autres interviews s’accumulent, mais l’affaire semble déjà lasser les médias. Les inrocks titre avec lassitude : Une artiste expose (encore) son sexe.

 

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Il m’est bien sûr pas permis de juger la pertinence des idées défendues de Deborah De Robertis, la chose étant tout à fait subjective. Déborah déploie une énergie et une volonté qui méritent tout du moins d’être respectées. Je peux toutefois pointer du doigt sa réflexion sur le « point de vue des modèles » que j’estime complétement erronée. Un modèle peint n’est pas une femme. C’est une représentation de la subjectivité d’un artiste sur une femme, ce sont des ombres de femmes, des opinions de femmes. Ces modèles sont l’artiste travesti _l‘Olympe c’est Manet lui même_ et les mettre en parallèle d’un corps nu bien réel et exhibé lors d’une performance live est tout aussi faux. Il y a le corps nu et la représentation d’un corps nu. Le corps nu peut être prêté l’espace d’un instant à l’œil du photographe ou du peintre, mais c’est un tout autre corps qui est par la suite représenté et encadré dans les musées.  Attribué au modèle _ masculin ou féminin, n’oublions pas que l’art classique est plein de phallus aussi_ une part de responsabilité quasi-égale à celle de l’artiste dans le processus de création est pure foutaise.

Mais Déborah fait preuve de ferveur et on a tendance à excuser ceux qui mènent un combat. C’est l’apanage du militantisme. On lui pardonne toute erreur. C’est que l’art et la cause se justifient mutuellement.  D’ailleurs qu’importe l’idée tant qu’il y a une production ! L’œuvre inspirée est souvent superbe, que ce soit Citroën de Prevert, ou la commune de Eugène Pottier, bien que les faits ne soient plus d’époque, elles continuent à émouvoir par leurs exécutions. Même si les idées se révélaient fausses au final : prenez ce que Gide écrivait sur le communisme avant son voyage en URSS ; ça reste tout à fait potable d’un point de vue littéraire. L’artiste militant a ses tics de langage à lui, il veut « faire bouger les choses », « renverser les points de vue », c’est toujours très flou, mais tout ça justifie l’existence de l’œuvre. Car voilà en somme ce qui nous intéresse : l’œuvre. On efface l’idée, le message, le combat, et on voit ce qu’il nous reste. L’œuvre d’art.

Problème est que les œuvres de Déborah sont tellement dépendantes de leurs sujets, qu’elles deviennent elles-mêmes sujet, et lorsque le sujet est comme celui-là dépendant de son époque, il n’est plus alors sujet, mais juste contexte. Éphémère contexte.

L’idée, ou la thèse pour reprendre le terme théâtrale, qui est supposée enrichir l’œuvre se retrouve à la définir entièrement. Et d’ailleurs Georges Brassens lui même craignait qu’il arrive qu’on meurt pour des idées n’ayant plus cours le lendemain. Merde.

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Mais outre l’inattaquable volonté politique de ses œuvres_ qui se justifiera toujours d’une manière ou d’une autre, croyez moi_ la mécanique même de sa performance entièrement basée sur le choc et la transgression, est critiquable. Sans parvenir à véritablement interroger, Déborah De Robertis choque et c’est ainsi qu’elle milite. La bêtise a toujours fait s’associer les deux. Car est choqué ce qui appartient à l’ordre établi ; est choqué le petit bourgeois membre d’un système étriqué. Alors, choquer le bourgeois, c’est militer. Et ceux qui ont été épouvantés par la performance de Déborah De Robertis n’ont pas à s’en vouloir puisqu’ils sont, paradoxalement, le seul et unique véritable public. Sans choc pas d’œuvre, tout comme sans pudeur pas de transgression, et sans règle pas de polémique. L’artiste subversif se caractérise par ce qu’il combat. Il est dépendant des institutions. Il souhaite les renverser, mais espérons pour nous, autant que pour lui, que jamais il n’y parvienne ! Car l’art qui veut mettre à sac la pudeur, pour exemple, oublie toutes les œuvres qu’en parallèle la pudeur a suscité. Ou bien l’art qui désacralise à tout va, oublie les prodigieuses peintures inspirées par le sacré. Il faut qu’il y ait des interdits pour pouvoir les braver. Il y a des artistes qui veulent bruler tous les symboles et appauvrir le jardin. C’est le problème de l’art nihiliste, ça s’applaudit facilement, c’est plein d’effets, ça veut renverser les symboles, mais à ce train-là, on déboulonne plus de statues qu’on en érige… On vole à l’art tous ses sujets ; tous ses effets. Il y a ce strip du dessinateur français Gad et de son personnage Ultimex qui illustre mieux que moi ce que j’essaye d’exposer :

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Le commentaire est brillant.

Alors lorsque Déborah De Robertis prêche la banalisation du nu et nous encourage à ne plus en être troublé, je souhaite pour ma part l’opposé. Que le corps nu puisse continuer à troubler. Qu’il y est encore quelques tabous qui puissent nous révulser. Si ce n’était pas le cas bien des artistes mettraient la clé sous la porte ; Déborah De Robertis la première.

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Mais pourquoi je vous impose tout ces discours sur le choc et le militantisme, pourquoi tout ce blabla, alors qu’une œuvre est juste une œuvre qui parle pour elle-même et se justifie tout benoitement par son existence ? C’est justement là que le bât blesse. Deborah De Robertis n’est pas très productive. D’œuvres, à proprement parler, il n’y en a pas. Rien de bien palpable, pas d’odeur. Il n’y a ni site, ni porte-folio, ni production que je pourrais vous partager.  Celle qui lutte pour être reconnue et se faire entendre n’a en fin de compte que très peu de travail à nous présenter, récusant ainsi le juste principe qu’il faut commencer à produire avant de se vendre.  D’ailleurs, au sujet de l’exposition avortée, elle déclare dans le magazine Bold :

« Le but de l’expo qu’ils m’ont proposé était de montrer l’ensemble de mon travail justement. Je devais le produire pour pouvoir l’exposer, mais ensuite ils m’ont reproché de n’avoir rien vu. »

Il existerait une série de photo_ non disponible au public_  reprenant sa posture jambe écartée dans différents lieux, ou cette fois la monstration _ que le mot est vilain_  de son sexe n’est plus excusée par la proximité de l’œuvre imitée, rendant son message d’autant plus confus. Pour ce qui est de ses performances publiques, elles appartiennent à tout le monde, le spectateur en étant un involontaire acteur, et ce même alors que dans les colonnes du nouvel obs, elle précise dans l’idée de pouvoir un beau jour monnayer la chose: 

« Je suis la seule qui détient la photo originale de ma pose sous le tableau. Cette photo reflète mon point de vue et non celui du spectateur, elle est très différente de ce qui circule sur internet ».

Plutôt culotté.

le modele à la camera ; credit deborah

En somme dans mon travail critique, je n’eus qu’à regarder les captations de ses performances, dont l’exécution plus que bâclée ne m’a pas emballé. Le son, le montage, rien véritablement ne se démarque. Non, il m’est sage d’estimer que 90% de mon travail s’est limité à lire la quantité gargantuesque d’interviews et d’articles.  Et peut-être que c’est ça l’œuvre? De l’impact d’un sexe nu sur les médias d’aujourd’hui? Comme tant d’autres, j’ai mordu à l’hameçon. J’ai mis un titre racoleur. Y’a du nu dans mon article. On en est à combien là ? 3000 mots ? Ah. Quand même.

J’aurais pu déployer ce même effort à vous présenter un artiste plus discret, plus obscur, mais méritant, et travailleur. J’aurais parlé de ses œuvres, je vous les aurais montrés, ça aurait été chouette. Des gens talentueux que la presse dédaigne, il y en a tant. Mais Déborah De Robertis, malgré la sincérité de son combat, n’aura suscité que des pages entières d’internet, des titres, des articles, des sous-articles, des commentaires de forum, des rédacteurs qui s’usent les doigts. Du blabla et si peu d’émotion. Si peu d’œuvres. Des conférences de presse, des déclarations d’avocat, des matières à débat, des arrestations policières. C’est tout ce qu’il lui restera en héritage. On lui souhaite mieux à Déborah De Robertis. On lui souhaite beaucoup mieux.

 

 

NDLR L’artiste performeuse Déborah de Robertis a récemment  réalisée une nouvelle action le 18 septembre au Musée des Arts Décoratifs de Paris lors d’une exposition consacrée à la poupée Barbie.


 

[Mise à jour du 28 septembre 2017]

L’artiste Déborah de Robertis vient d’être renvoyée devant le tribunal pour exhibition sexuelle aprés une nouvelle « performance » le dimanche 24 septembre 2017  au Louvre.

Cette dernière a en effet posé nue devant la Joconde tout en criant « Mona Lisa, ma chatte, mon copyright« .
L’opération choc s’est déroulée devant plusieurs dizaines de touristes venus voir la peinture de Léonard de Vinci.

A l’issu de cet incident elle est restée deux jours en garde à vue avant de passer a nouveau devant les magistrat.
L’audience est reportée au 18 octobre le juge ayant accepté la demande de l’avocate de l’artiste.

 

Notons qu’elle avait déjà réalisée une première action devant la Joconde en avril 2017 elle disait à l’époque vouloir « sortir de son mutisme « Mona Lisa.
A l’époque et malgré une intervention du service d’ordre le musée avait décidé de ne pas porter plainte.

[ Mise à Jour du 18 octobre 2017]

L’artiste est jugée aujourd’hui pour

Sa ligne de défense repose sur le fait que son intervention relève de la performance artistique et non de l’exhibition sexuelle :

« C’est du spectacle et ça se voit. Je suis toujours maquillée, je tiens un discours, je mets en scène mes performances. C’est de l’art ! Je suis en représentation. »

Elle a été par la suite relaxée par le tribunal.

Article publié originalement le 12 avril 2016 mis à jour le 18 octobre 2017

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7 Comments

  • vedrine 23 septembre 2016 09:16

    très bel article, bien documenté, avec une réflexion approfondie et , ma foi, que je trouve très juste…bravo

  • Daniel de Culla 16 décembre 2016 19:59

    J’aime le pipi de ton cul¡

  • Viviane 21 janvier 2017 00:16

    Vous avez dit, je cite: « Un modèle peint n’est pas une femme. C’est une représentation de la subjectivité d’un artiste sur une femme, ce sont des ombres de femmes, des opinions de femmes. Ces modèles sont l’artiste travesti _l‘Olympe c’est Manet lui même_ et les mettre en parallèle d’un corps nu bien réel et exhibé lors d’une performance live est tout aussi faux. »

  • Viviane 21 janvier 2017 00:16

    … Si vous vous intéressiez un tout petit plus à l’histoire de l’art, vous sauriez que Manet fut un des premiers peintres modernes à réagir contre le classicisme qui était toujours monnaie courante dans le monde de l’art jusqu’à la fin du 19ème. Le modèle que représente Olympia est une prostituée qu’il a ‘parée’ de quelques bijoux de pacotille et l’a fait posée allongée comme les nues idéalisée de Ingres (La Grande Odalisque, 1814) et d’autres peintres néoclassiques. Ses doigts sont sales, son regard insolent se plante droit dans les yeux du spectateur/voyeur, elle tient, sur son sexe, le bouquet que l’homme qui vient de forniquer avec elle lui a offert. C’est bien le corps d’une femme réelle que Manet a voulu peintre, et provoquer chez les bourgeois parisiens un (léger?) mouvement de conscience sur la tradition classique du nu – et le deux poids, deux mesures accordées aux femmes, et dans l’art, et dans la société.

  • Viviane 21 janvier 2017 00:17

    …. Vous devriez lire Ways of Seeing de John Berger, ça vous ouvrirait les yeux sur l’interconnection de l’art, du social et du politique. Parce que, pour apprécier l’art, il faut surtout savoir ouvrir les yeux.

    Au plaisir, VB

  • François 7 février 2017 16:14

    Si ça c’est pas de la performance artistique 😍😘

  • Naz 18 octobre 2017 09:41

    Comme d’hab. L’absence abyssale de créativité de ces soi-disants artistes qui ne trouvent rien de plus que de montrer leur cul. Pff ! C’est d’une nullité.

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