Rone

Erwan Castex, plus connu sous le nom de Rone, est un personnage haut en couleurs, et nous avons eu l’occasion de l’interviewer peu de temps avant son concert  le 16 février 2013 au Trianon à Paris. L’interview a eu lieu dans un restaurant, et pourtant nous n’avons pas parlé une seule fois de gastronomie. Voilà tout de même ce que Rone nous a raconté.

 

Beware : Bonjour Erwan, est-ce que tu tout d’abord présenter un peu qui tu es, ce qu’est ton projet pour nos lecteurs qui ne connaîtraient pas bien ce que tu fais ?
Alors, je suis Erwan et je fais de la musique sous le nom de Rone. J’ai commencé en faisant de la musique électronique un petit peu bricolée, comme la plupart des gens qui ont commencé la musique en autodidacte. Mais aujourd’hui c’est un peu la même chose en fait, je bricole de la musique électronique, j’essaye toujours d’aller un petit peu plus loin, d’expérimenter.

Beware : Ca fait combien de temps que tu fais de la musique ?
Je fais de la musique, je dirais depuis mes 15-16 ans, sous toutes formes. Tout a commencé par des bidouillages sur des cassettes audios, j’avais un lecteur avec deux cassettes et je faisais des montages entre les deux cassettes. Après j’ai eu des platines et j’ai essayé de scratcher, j’ai expérimenté. Il y avait aussi un piano à la maison, je n’ai jamais pris de cours mais j’ai toujours tenté un peu sans savoir vraiment ce que je faisais mais ça me plaisait.Après j’ai eu un saxophone entre les mains, j’ai eu l’occasion de toucher à tout, jusqu’à ce que je découvre les possibilités qu’offrent les logiciels d’ordinateur. Là ça m’a débloqué complètement. J’ai toujours eu du mal avec le conservatoire, les cours de pianos assez rébarbatifs, et tout d’un coup la musique était devenu un jeu expérimental intuitif. Je pense que c’est ça qui m’a amené vers la musique électronique, plus qu’un goût pour ce genre de musique en particulier.

Beware : Tu as collaboré avec Luca Mortarello, dit Lucy, est-ce que tu peux nous en dire plus sur ta collaboration avec lui, comment tu as été amené à travailler avec ?
Avec Luca, on s’est rencontré à Paris dans une soirée. Chacun faisait du son de son côté, et puis je m’étais retrouvé par hasard dans une soirée privée avec une cinquantaine de personnes et Luca y mixait. Mais c’était un peu un gros bide, personne ne dansait alors que moi je trouvais ça pas mal. Je suis allé le voir et le lui dire, ça lui a fait du bien, il devait se sentir un peu seul derrière ses platines. On a sympathisé et puis dans la même semaine, on a fait notre premier morceau ensemble. Dans la même année, on a fait pas mal de son ensemble. On s’est un peu perdu de vue à un moment donné parce qu’il est parti à Berlin avant moi, mais maintenant on est voisins de studio, à quelques mètres l’un de l’autre.

Beware : Tu as déjà réalisé des BO de films, dont une  mention spéciale du jury du festival International de Palm Springs dans la catégorie « meilleur sound design », est-ce que tu comptes en faire d’autres ?
Oui, je suis justement en train de travailler dessus avec mon ami Vlad, celui qui a fait la plupart des pochettes de mes disques, ou mes clips. J’avais déjà fait une musique pour un de ses films, Corde à Corde, un petit court-métrage d’animation. Et là je suis en train de bosser sur la bande originale de son deuxième film. J’ai pu voir quelques images. C’est un dessin animé pour adultes, un porno en noir et blanc, hyper inspirant. Ça m’emmène sur un terrain assez particulier. C’est de l’image brute, avec du sexe en noir et blanc. Mais j’ai plusieurs idées, ça me parle au niveau des machines, j’ai des choses en tête.

Beware : Peut-on savoir à quel point tu t’investis dans tes clips, parce que je trouve qu’il y a un univers fort, une certaine poésie et comme tu as fait des études de cinéma peut être que tu as un investissement particulier ?
La plupart des gens avec qui je travaille pour des clips, que ça soit Vladimir, Dimitri ou Ludo, et Philippe qui a fait le clip de Parade, je fais en sorte de les connaître, et pour moi l’idée c’est de leur faire confiance, de ne pas interférer dans leur travail. A partir du moment où je connais leur travail ou leurs intentions, je me laisse un peu surprendre.  Je me dis que je n’aimerais pas trop qu’on me dise quoi faire dans la musique donc quand eux font de la vidéo, je les laisse faire.

Beware : Est-ce que tu as déjà pensé à faire tes clips toi-même ?
Je n’y pensais pas du tout au départ, et plus ça va et plus je me dis que ça serait drôle d’en faire un moi-même. Je pense qu’un jour je m’amuserai à réaliser mon propre clip mais pour l’instant, autour de moi j’ai pas mal de potes qui font de la vidéo, donc j’ai une sorte de liste d’attente. Il y a plein de gens qui veulent me faire des clips, et la plupart sont très talentueux, je suis plutôt content. Et puis mon vrai complice c’est Vladimir, du coup l’idée c’est un peu de faire un clip avec lui, puis un clip avec d’autres réalisateurs, et revenir avec lui..

Beware : Il y a plusieurs artistes qui ont peu ce genre de fonctionnement, qui mélangent les genres et touchent à plusieurs arts, peuvent faire leurs propres clips, je pense à des gens comme Para One ou Woodkid.
Je pense à Mr Oizo surtout.
Beware : oui, pareil c’est une démarche. Qu’est-ce que tu pense de ce genre de démarche ?
Woodkid je ne connais pas assez mais apparemment, c’est le même délire. Je pense vraiment à Mr Oizo et je trouve ça génial, le mec c’est un artiste complet. Il fait du son, il fait du cinéma, je trouve ça génial, finalement, ça montre qu’on peut avoir envie de s’exprimer peu importe l’outil et il arrive à le faire.
Moi je suis un peu plus paresseux et puis la musique, ça me prend vachement de temps. Peut-être qu’un moment où j’aurai plus de temps, entre deux albums, je pourrais penser à de l’image, à de la vidéo…

Beware : Quelles machines tu utilises pour le live comme pour composer ?
Le truc de base, c’est Ableton que ce soit en live ou en studio.
Après mon studio se développe de plus en plus. Chronologiquement, j’ai commencé par avoir des petites machines analogiques comme le Dark Energy. Puis, j’ai pris un petit séquenceur qui allait avec, puis une Drum Machine, le Tempest
Après, à Berlin, je suis dans un studio typiquement berlinois, dans un grand bâtiment où il y a pleins de studios, du coup il y a beaucoup de producteurs autour de moi et on se prête tout le temps du matériel. Tu peux venir un jour dans mon studio et il sera plein de machines, et après-demain, il y aura juste mon ordinateur. On finit par ne plus savoir ce qui appartient à qui mais bon. Il y a quand même des outils que j’aime bien, comme le Korg MS-20. Il y a des trucs aussi, par exemple, je ne voulais pas tellement y croire, mais j’ai découvert ce qu’on peut faire sur un IPAD, et il y a quand même des possibilités assez intéressantes.

Beware : quels sont tes projets pour l’avenir ?
Il y en a beaucoup, déjà, dans un futur proche, bien développer le live avec la lumière et la vidéo. A côté de ça, on prépare des clips, je bosse aussi sur la bande originale d’un film. On commence aussi à m’appeler pour de la production de manière officielle. Devoir travailler sur la production d’albums pour d’autres personnes, c’est nouveau et ça m’intéresse. Je suis aussi en train de penser au troisième album, des morceaux qui se profilent, quelques maxis, des remixs aussi.

Beware : Qu’est-ce que tu as le plus écouté dernièrement ?
Rone : Je vais tricher un peu mais je vais regarder mon Iphone. J’ai écouté deux fois Ryan Hemsworth.
Après, il y a vOPhoniQ qui m’a envoyé son album et qui a vraiment fait un super travail.
Je suis en train de chercher des remixeurs, du coup quand je joue en festival, je suis plus attentif à ce qui se passe et si un mec me plait, je lui propose un remix et c’est exactement ce qui s’est passé avec RocketNumberNine. C’est deux anglais, ils sont de la bande à Four Tet, John Hopkins, cette scène anglaise. C’est deux frères, un à la batterie, l’autre au synthé, ils ont fait un morceau qui pour moi est vrai tube que j’ai calé dans mon mix pour Radio Nova. Et là ils sont en train de faire un remix de Let’s Go. J’adore ce qu’ils font. Sinon, il y a des trucs que je découvre en retard, il y a aussi mes potes bordelais d’Odezenne.

Beware : Un endroit que tu rêves de visiter dans le monde ?
En ce moment, j’aimerai vraiment aller à Istanbul. J’aimerai bien jouer là-bas ou juste visiter.

Beware : Quelles seraient ta bonne adresse à Berlin et ta bonne adresse à Paris ?
Ma bonne adresse à Berlin, je dirais Teufelsberg, la colline du diable.
C’est une colline artificielle créée après la seconde guerre mondiale avec les débris de Berlin sur laquelle les américains ont construit un centre d’espionnage de la CIA. Les bâtiments existent toujours, même s’ils sont en ruines, ça reste fascinant. Le bâtiment ressemble à un micro géant avec un énorme dôme  et quand tu montes tout là haut, tu peux te mettre au milieu de cette boule et si tu lâches un petit caillou, tu as une réverb qui dure dix minutes. C’est assez cool à voir.
Pour Paris, il y avait ce bar Le Carillon, que j’aimais bien, avec Otto derrière le bar. Je ne sais pas ce qu’il est devenu, faudrait que j’y retourne maintenant pour dire si c’est toujours aussi cool.

Beware : l’interview touche à sa fin, un petit mot pour conclure ?
Et bien, merci.

Beware : Merci à toi

 

Interviewer : Alex Tessereau
Photo : www.erwanmanchec.com

RONE était habillé en Bench et les photos ont été prises à la Maison Mère.

 

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