Vraies Meufs

Pas besoin de filtre. « Vraies Meufs » est né il y a moins de six mois dans les internets, comme une réponse à notre perpétuelle chasse au like ou aux abonnés sur les réseaux sociaux. Plus que des portraits photo, Lyna tient surtout à discuter avec ces meufs de tous les jours, souvent chez elles, pour rappeler que derrière nos snaps éphémères, il y a de vraies personnes.

BEWARE: Comment tu définirais une « vraie meuf » ?

Lyna: Pour moi c’est une fille qui se sent bien, à l’aise avec elle même. C’est la meuf qui donne envie d’aller lui parler, que tu as envie de connaître. Tu sais que tu vas passer un bon moment avec elle, et qu’elle a des trucs cools à raconter. C’est une fille qui n’est pas hautaine ou égocentrique. Après, c’est une définition personnelle, chacun a la sienne. J’essaye de faire en sorte que ma définition n’influe pas trop sur le site, parce que je ne veux exclure personne.

 

B: C’est en opposition au fait qu’il y aurait des « fausses meufs »? Ou des meufs qui ne seraient pas vraies?

L: Non pas forcément ! Je ne considère personne comme une fausse meuf en vrai, enfin sauf Marine Le Pen peut être (rires). Je ne suis pas trop en mode « tout est noir, tout est blanc », parce que je ne suis personne pour dire « toi t’es une vraie, tu l’es pas ». En plus c’est quelque chose de subjectif, disons que c’est un peu une définition que je pose et que c’est ouvert à tous, à chacune de se sentir concernée ou pas.  De base, « Vraies Meufs » pour moi ce sont les filles de la vraie vie, c’est un contre-mouvement aux post bads ou aux baddies, et plus généralement à l’image de la femme qu’on essaye de donner sur les réseaux sociaux.

 

B: Les post bads, c’est une conséquence d’Instagram ou ça existait déjà avant, tu penses?

L: C’est la suite logique d’une image qu’on essaye de donner à la femme, après les mannequins qu’on voyait dans les magazines, ou à la télé. Aujourd’hui, les critères de beauté ne sont plus définis par ça, mais par les réseaux sociaux, et en particulier les influenceuses sur Instagram et Youtube. Je pense par exemple à Kylie Jenner.

 

Vraies Meufs

 

B: J’ai l’impression que c’est même pire avec les comptes, les nombres d’abonnés, le nombre de likes, chaque personne a presque un « score » de beauté sur Instagram.

L: Oui, exactement. Et le problème c’est qu’on a tendance à oublier que sur les réseaux sociaux, on ne montre que notre meilleur visage. La meuf qu’on trouve tous magnifique a passé 5h à se maquiller avant de prendre sa photo, alors qu’elle a la même gueule que nous le matin. Et je ne comprenais pas pourquoi on mettait plus en avant des filles maquillées, habillées, refaites, et pas des filles sans maquillage? Il devrait y avoir des comptes Instagram avec uniquement des filles normales, histoire que notre oeil s’y habitue.

 

B: Dans ce sens, « Vraies Meufs » s’adresse uniquement aux meufs ou aussi aux mecs pour dire « les gars vous regardez trop de magazines, les vraies personnes sont pas comme ça »?

L: Les deux ! Mais j’ai remarqué que beaucoup de mecs étaient réceptifs au blog, et qu’ils étaient moins dans un délire post bad que les meufs. On est vachement en train de se comparer tout le temps, en pensant que si on se maquille beaucoup, on sera plus belle et plus heureuse, on se sentira mieux etc. Alors que la plupart des mecs s’en foutent, ils sont bien conscient qu’il y a des filles sur les réseaux sociaux, et qu’elles sont différentes des filles qu’ils côtoient dans la vraie vie.

 

B: C’est important de le rappeler, tu penses?

L: Moi-même, j’étais grave dans tout ce délire, je pouvais rester des heures devant l’instagram de baddies, c’était aussi le cas pour pleins de potes.

 

B: Le déclencheur de « Vraies Meufs », c’était quoi du coup?

L: J’étais sur l’Instagram de @wolfiecindy quand j’ai eu l’idée. A la base je voulais juste faire un compte Instagram, pas un blog. Mais je voulais aussi faire des photos, c’était le début de l’année, j’avais envie de rencontrer des gens, de parler de ce sujet avec des filles. Et du coup, je me suis dit que ça pourrait être intéressant de donner la parole à des filles que l’on entend moins.

 

Vraies Meufs

 

B: Tu as des critères particuliers pour les choisir ?

L: Non, zéro critère, soit je rencontre une fille et je me dis que ça pourrait être intéressant de la « vraiesmeufiser », soit je tombe sur son compte Instagram ou Twitter. Des fois, on m’envoie des messages en me demandant si je peux interviewer une certaine fille.

 

B: Il y a des histoires de meufs qui t’ont marquées plus que d’autres?

L: Récemment, j’ai interviewé Assa Traoré, ça sort la semaine prochaine normalement. En même temps, c’est normal que son histoire m’ait marquée. Sinon je dirais Helma, une fille que je trouve super inspirante.

 

B: J’imagine que ça doit être plus délicat un sujet comme Assa Traore plutôt qu’une autre personne.

L: J’ai adoré les photos que j’ai faites avec elle, c’est pas plus délicat, j’ai fait comme avec les autres filles. J’étais chez elle, c’était très chill, mais disons que j’ai un peu plus de pression parce que je veux faire quelque chose de propre et d’intéressant, parce qu’il y a une cause derrière.

 

B: Et donc tu me disais Helma aussi, tu l’as rencontrée comment?

L: Je regardais des vidéos d’elle sur Youtube. Elle faisait des trucs artistiques, et elle écoutait le même type de son que moi. Je l’ai rencontrée à un concert de FKA Twigs, c’était l’une des premières personnes que j’ai voulu interviewer, je trouve qu’elle dégage quelque chose de très positif, que des good vibes. Elle fait de la musique aussi, elle a une voix magnifique et je la trouve talentueuse.

 

Vraies Meufs

 

B: Pour la plupart ce sont des gens qui ont des projets. Récemment, je lisais un article  sur la représentativité dans les médias, les séries, c’est un sujet qui te parle aussi avec « Vraies Meufs »?

L: J’avais écrit un article pour Twenty Magazine sur la représentation dans les médias, je trouve que c’est de mieux en mieux. J’ai l’impression qu’on est une génération qui ouvre un peu plus sa gueule, on prend possession des médias, et ça change tout. L’image de la fille ou du mec parfait qu’on avait, c’est un peu fini. Les choses sont en train de changer, on accepte plus le naturel, les différences.

B: Pourtant, j’ai l’impression qu’on a encore un décalage, par exemple aux USA tu as des séries comme Insecure, Girls, Atlanta, Master Of None…Mais en France, j’aurais du mal à trouver des équivalents, et même quand ils existent, ils sont caricaturaux.

L: C’est vrai, mais ça va arriver. Il commence à y avoir plus d’initiatives comme les miennes, petit à petit. Mais c’est vrai que le public français est encore un peu fermé. Je vais prendre l’exemple du rap, mais par exemple des mecs comme Hamza ou PNL ne sont pas encore totalement acceptés, alors qu’aux Etats-Unis, un mec comme Young Thug qui porte des robes et du vernis, c’est ok. On est encore dans une société qui juge beaucoup.

 

B: Parce qu’on est assez conservateurs en France peut être.

L: Oui, mais j’ai l’impression que ça change. Jusqu’à aujourd’hui sur « Vraies Meufs », je n’ai jamais vraiment eu de commentaires négatifs, donc je pense que les gens sont prêts à accepter ça. En plus, on est une génération connectée au monde, on est au courant de ce qui se passe à l’étranger et ça nous influence un peu plus.

 

B: Tu parlais tout à l’heure de reprise de paroles, tu penses qu’internet y est pour beaucoup dans cette éclosion de crews de meufs comme Girls Do It Better, ou TGAF avec OKLOU ?

L: Oui, pour beaucoup, Girls Do It Better je soutiens à fond! Internet, ça donne la parole aux gens, mais je ne pense pas qu’il y avait moins d’initiatives féministes avant, je pense juste que ça a permis de les diffuser d’avantage.

 

B: Genre ça les structure plus.

L: Oui, « Vraies Meufs » n’aurait jamais pu exister sans Internet et les réseaux sociaux.

 

B: Comment tu vois des crews comme le Gucci Gang qui a eu beaucoup d’attention médiatique ?

L: Je trouve que c’est cool parce qu’elles ont réussi à utiliser les réseaux sociaux pour « percer », et ça marche pour elles donc tant mieux. Après personnellement, je trouve ça dommage qu’elles ne fassent rien en soit, et je ne me reconnais pas dans leur image.

 

B: C’était quoi, un emballement de magazines autour d’elles?

L: Elle se sont retrouvées au milieu d’un tourbillon médiatique, en plus elles sont jeunes, ça n’a pas dû être facile à gérer. Elles ont malgré elles été prises en exemple pour définir « la nouvelle jeunesse parisienne », je m’étais énervée contre ça parce que les médias n’ont pas arrêté de reprendre leurs images pour créer un idéal. Mais après c’est vrai qu’elles représentent quand même une certaine partie de notre jeunesse, une partie moins visible, mais leur faire porter tout le poids de la jeunesse, c’est un peu trop. J’avais tweeté récemment une interview qu’elles avaient faite, j’ai trouvé ça très cool de leur part de se justifier sur le sujet.

 

 

B: C’est un peu une autre manière de la part des médias de poser des étiquettes sur des meufs en fait.

L: Une amie m’a expliqué ça, en me disant que l’image que les médias renvoient d’elles n’est pas forcément celle qu’elles ont choisie non plus.

 

B: D’où l’importance de laisser la définition de « Vraies Meufs » à chacune?

L: Yes ! Par exemple avec « Vraies Meufs », j’évite de dire que c’est représentatif des meufs. Disons que c’est représentatif d’une partie des filles d’aujourd’hui. Après, il y a zéro volonté de mettre les mecs à l’écart, d’ailleurs il y aura bientôt « Vrais gars ».

 

B: C’est une conséquence parce qu’on te la demandé?

L: Plus ou moins, mais la directive sera différente. Je veux que les mecs parlent de meufs, en l’occurence de « Vraies Meufs », comme ça, ça permet de faire participer les hommes au débat, tout en gardant le sujet principal. Le problème du féminisme aujourd’hui, c’est qu’on a tendance à mettre les hommes de côté alors que de base c’est l’égalité hommes / femmes. Pour moi c’est logique de les faire rentrer dans la conversation pour les comprendre, et pour qu’ils nous comprennent aussi, pour parler d’eux un peu, mais ça ne sera pas le thème principal de l’article quoi.

 

B: Tu vois « Vraies Meufs » devenir quelque chose comme un vrai magazine plus tard, ou tu préfères ce côté de communauté un peu organique?

L: Je ne sais pas encore. Je ne réfléchis pas vraiment à la suite, si ça devient un magazine, j’essayerai de faire en sorte que ça ne perde pas de son authenticité, c’est ce qui m’importe le plus avec l’honnêteté. Je pense que c’est pour ça que le projet plait, et justement, je veux pas que ça devienne quelque chose de trop officiel !

 

Vraies Meufs

 

B: En fait, ton projet me fait un peu penser à Humans Of New York dans l’esprit, mais en plus intime, ça a été une des influences?

L: Non pas du tout (rires). Quand j’ai commencé on m’a parlé d’un projet similaire aux USA qui s’appelait Gurls Talk, c’est créé par la mannequin Adwoa Aboah. Avant ça, le projet Smart Girls club de Princess Nokia m’avait beaucoup influencé. En gros, elle organise des évènements à New York, où elle invite des femmes, et elles dansent, méditent, lisent des poèmes et parlent de féminisme et féminité. Elle fait aussi des podcasts sur ces sujets.

 

B: Finalement, quel message tu voudrais donner aux meufs qui n’osent pas encore sortir leurs projets perso?

L: J’ai envie de leur dire de se lancer ! On a toujours peur de l’échec et du regard des autres. J’ai envie qu’une fille (ou un mec) qui lise mon blog se rende compte qu’il n’a pas besoin de changer pour plaire aux gens, que c’est sa singularité qui le rend « cool » et j’espère, lui donner un peu plus de confiance en soi.

 

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