Loin des standards musicaux, rencontre avec Donzelle

«Donzelle ça veut dire «Jeune fille ridicule et prétentieuse» selon le Petit Robert»

Entre joke et réalité augmentée, cette définition lui permet de parler ouvertement d’aventures, de sexualité, de fantaisie et même de rêve. Sa musique «Pussy-core kitsch-hop trilingual party rap» invite à voyager dans un univers nouveau et nous fait découvrir une nouvelle palette de couleurs musicales.

Crédit : Mathieu Proulx

Il y a 10 ans elle sortait son premier projet musical Parle parle, jase jase, cette année Donzelle sort son nouvel album : 10 chansons et 10 clips pour fêter ça ! Loin des lieux artificiellement éclairés et de la standardisation du monde, nous avons eu la chance de la rencontrer chez elle.

En arrivant chez elle, on remarque des couleurs chatoyantes jaune orangé, une décoration intense seventies, un grand tableau noir et or sur le mur et un lapin! « Une mini ferme » me dit-elle. Aux antipodes de la neutralité et de la standardisation, sa maison est chaleureuse et vivante. L’environnement où elle vit est important car il influence sa créativité et l’esprit de communauté qui lui est cher.

 

De l’importance des autres

Elle nous confie même que son ancienne maison « était encore plus intense que ça (rires), elle est aussi intense en ce moment, mais c’est juste pas la même chose. Pour moi ça a toujours été important mon environnement car quand tu t’en vas dans une galerie, dans un magasin tout est éclairé, tout est pour la neutralité et la standardisation et je trouve que ça élimine une grosse partie du rêve et de la fantaisie dans la vie. J’aime aussi recevoir des gens, c’est important qu’ils se sentent bien chez nous, qu’ils aient le goût d’être là, qu’ils s’en rappellent… ».

Shazam fest dans notre backstage yourte. Crédit : Dr. Sarah T. Roberts

« J’aime être entourée, j’aime bien être seule aussi, mais c’est super important pour moi cet échange avec les gens. »

La présence de l’autre, des autres, est très importante dans son travail, l’idée d’échange et de communauté l’habite. Cet échange est présent dans sa vie, mais aussi dans son acte créatif. Les collaborations sont nombreuses et éclectiques, les rencontres influencent son travail et elle m’explique « il y a 2 ans, je faisais une autre entrevue avec un ami, puis en lui parlant j’ai réalisé que ce qui était important c’était le processus collaboratif derrière chaque track. À chaque création je rencontre de nouvelles personnes, j’apprends une nouvelle manière de faire. C’est très important pour moi et c’est très présent dans la construction du nouvel album. »

Son premier projet en tant que Donzelle a été réalisé il y a dix ans, mais au cours de cette rencontre elle nous révèle en riant que l’aventure a commencé en 2004 suite à une rupture amoureuse « J’étais assez déprimée, je parlais de ça avec mon frère puis on a voulu faire une chanson là dessus. Donc on a composé 3 chansons, on avait un band qui s’appelait Famulous. Finalement on a fait 3 shows puis on a arrêté suite à une petite chicane, mais moi je voulais plus arrêter.»

Finalement Donzelle naît en 2006 avec la reprise d’une chanson qu’elle avait à l’origine fait avec son frère : Libido Macro. « En discutant de ça avec des amis certains ce sont proposés de faire des beats, j’ai naturellement repris une chanson qu’on avait fait avec mon frère. Ensuite on a sorti le premier album en 2008, ça fait donc 10 ans, et là je sors 10 chansons, 10 vidéos. »

 

Nouvel album : 10 tracks, 10 clips

10 clips ce qui représente un travail pharaonique ne semble pas l’effrayer, elle plaisante même sur la masse de travail que cela représente. La démarche de création est différente pour chaque clip et les collaborateurs sont nombreux, sa musique se veut un art total. Dans son clip Génie, réalisé par Nelly-Ève Rajotte, elle déambule à travers une installation de l’artiste Nicolas Fleming tout en portant les bijoux prêtés par Arielle de Pinto «Ça va être ça l’idée avec tout l’album, chaque chanson, chaque vidéo va être différente. Il y a des collaborateurs musicaux récurrents sur plusieurs chansons, mais l’album va quand même être très éclectique».

Parmi ses influences principales elle me raconte « La première fois que j’ai vu ça ça a été avec Sonic Youth, dans les années 90 ils ont fait 2 albums où ils ont fait des vidéos pour chaque chanson des albums. Tous les clips ont des esthétiques différentes et je trouvais ça intéressant qu’ils aient exprimé tous leurs sons à travers des esthétiques différentes en collaboration avec plusieurs artistes. »

Enfin un sisterhood dans le rap

«J’espère que ça va donner quelque chose de bien, en tout cas ça m’a permis de rencontrer toutes sortes de personnes vraiment talentueuses et vraiment généreuses de leurs temps.»

Sur son projet ce sont en effet un bon nombre d’artistes qui sont impliqués, des maquilleuses aux réalisateurs, mais aussi bien sur  les danseuses avec qui elle explique former « un genre de sisterhood, on travaille ensemble, mais on se voit aussi beaucoup pour jaser de politique, de féminisme, pour bruncher ou bricoler. Elles ont toutes leur mot à dire, ce sont des influences mutuelles entre nous, vraiment.»

Cette notion de communauté et d’échange chère à ses yeux elle en parle avec des mots simples.

 « Ça se traduit par le fait que les gens me donnent beaucoup, mais si j’ai l’occasion moi aussi de donner mon temps à d’autres personnes je le fais, c’est un échange à grande échelle et je crois beaucoup en ça. Je travaille avec des gens que j’aime, autant pour les beats, que pour les featurings ou pour les vidéos en ce moment.»

Donzelle, oui c’est bien elle, « jeune fille ridicule et prétentieuse » selon la définition Petit Robert qu’elle me donne, elle s’amuse d’ailleurs de l’ambivalence de cet alter ego « c’est super parce que dans le rap toute la question de la prétention et du faire semblant est très importante et ça c’est intéressant, car ça rend le projet ambigu. Les gens ne savent plus si c’est une joke ou si c’est sérieux.»

Show spécial pogo + sauces de danseuses. ;-)

Elle me confie aussi qu’entre elle et Donzelle «Il y a une frontière, mais ce sont tous des côtés de moi qui sont exacerbés, je ne serai pas capable de chanter à propos de quelque chose qui n’est pas ma réalité. C’est une réalité augmentée. Donc oui c’est moi, mais Donzelle a plus d’attitude, Donzelle permet de parler de certaines choses d’une manière plus ouverte, de sexualité par exemple. On en parle dans le rap américain, mais au Québec c’est différent, je regardais un article du VOIR la semaine passée, un top 30 de la scène rap au Québec et sur 30 il y a zéro femme. Puis je parle pas de moi car  je ne rentre pas nécessairement dans une ‘norme’ du hip-hop, mais il y a des filles qui rentrent là dedans et qui faisaient de la musique en 2016. On voit qu’il y a encore beaucoup de chemin à faire.» 

Pour suivre Donzelle sur les Internets : facebook / site web / youtube / instagram  

Shazam fest. Crédit : Dr. Sarah T. Roberts

 

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