Depuis 2012, l’artiste française Sarah Seené apprivoise les films Polaroid. Autoportraits, superpositions et paysages bucoliques aux nuances pastels sont mis à l’honneur dans ses différentes séries. Expatriée au Québec depuis un an, nous avons rencontré la photographe pour lui parler du temps qui passe, de l’hiver montréalais et de clichés ratés.

Sarah Seené

« Le Polaroid parce que ce côté petit objet, petit trésor me fait vibrer, explique-t-elle d’entrée de jeu. Il y a l’idée de la collection qui est attachée au Polaroid, mais aussi le retour à l’enfance et la nostalgie. »

En effet, c’est ce petit arrière-gout de spleen qui attire notre attention lorsqu’on plonge dans l’univers visuel de la photographe. La douceur, la sensualité et les fleurs embaument l’univers de Sarah Seené, c’est une atmosphère quasi chimérique qui se dégage de son art. N’œuvrant pas uniquement avec les Polaroids, Sarah Seené développe aussi en chambre noire des photographies prises sur des pellicules 35 mm et 120 mm.

L’artiste se met beaucoup en scène, souvent les yeux fermés. « On dirait que fermer les yeux nous ramène à la rêverie et à l’imaginaire, pense-t-elle. C’est comme si j’invitais le spectateur à fermer lui-même les yeux pour se plonger dans l’univers d’une seule image qui raconte une histoire. »

Sarah Seené

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Mais justement, qu’est-ce que souhaitent nous dire ses photos ? La photographe entend souvent que son travail inspire à la fois la poésie et la douleur. « Plus que la tristesse, la mélancolie », tranche-t-elle.

Quant à l’autoportrait, celui-ci s’est imposé naturellement lorsque la jeune femme éprouvait un plaisir introspectif à élaborer des mises en scène après avoir passé deux années à photographier des modèles. « Je parle beaucoup de mon histoire finalement, mais de manière onirique et sous un voile qui ne rend pas les choses forcément explicites, indique-t-elle. C’est très cliché ce que je vais dire mais… la photographie, c’est thérapeutique ! »

Sarah Seené

Souvenirs éthérés et émotions intemporelles

En fait, si le choix du médium Polaroid et l’utilisation de vêtements chinés dans des friperies rappellent l’univers du rétro, l’artiste ne souhaite pas que l’on appréhende son art comme une reproduction photographique du vintage. « L’idée quand je créé des images, ce n’est pas du tout de produire quelque chose de daté, c’est plutôt une représentation de l’intemporalité », exprime la photographe.

Ainsi, si elle admet aimer l’esthétique du rétro, c’est davantage la problématique du temps qui passe qui influence la jeune femme au quotidien. « Le temps, c’est quelque chose qui m’angoisse et me fascine à la fois », confie-t-elle.

Sarah Seené

Inconsciemment, ses propres souvenirs l’incitent souvent à prendre des photos. « Je suis nostalgique d’une part de mon enfance et je me suis construit un imaginaire vaporeux qui se retrouve dans mes photos », relève-t-elle. Souvent, certains objets ou certains lieux provoquent chez elle des réminiscences et la poussent à créer. « Dans ma récente série prise avec un appareil lomography en Gaspésie Souvenirs de brume »], j’ai pris en photo des escaliers qui m’ont plu, car en fait, ils m’ont rappelé des escaliers en bois qui craquent chez ma grand-mère. », dit-elle.

Sans toutefois souhaiter reproduire un souvenir tel quel, Sarah Seené voyage sur les limites entre réalité passée et fiction pour élaborer ses photographies.

Sarah Seené

Dompter l’univers montréalais

Cette grande amoureuse de la nature, des plantes et des rayons chaleureux du soleil a dû apprendre à se renouveler lorsqu’elle a posé ses valises à Montréal à l’hiver 2016. « Déménager ici a vraiment changé les choses, confie l’artiste. Il a fallu que je m’acclimate à une ville où il y a l’hiver, ce qui signifie moins de shooting en extérieur. » Ainsi, ne travaillant qu’avec la lumière naturelle, Sarah Seené s’essaye à des prises de vue dans la neige afin de s’approprier l’hiver québécois à sa manière, et n’hésite pas à sortir en robe par des températures négatives.

Sarah Seené

Sarah Seené

Mais son désir d’acculturation ne s’arrête pas là. La photographe réalise fréquemment des portraits d’artistes qu’elle admire et dont les musiques accompagnent son processus artistique. La chanteuse Klô Pelgag et le trio Dear Criminals ont eu dernièrement la chance de passer devant son objectif. « Ça me permet de m’approprier un peu le Québec », s’amuse-t-elle.

polaroid

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Sarah Seené

En fait, depuis cinq ans, les Polaroids n’ont plus jamais quitté la photographe. « Il y a certains mois en France où j’achetais plus de pellicules que je m’achetais à manger », confie-t-elle en souriant. Et à la question du nombre de clichés qu’elle pense posséder, Sarah estime que cela se compte facilement en millier.

D’ailleurs, elle conserve précieusement des centaines de photographies ratées dans une valise. « Je m’en ressers lorsque je donne des ateliers, mais sinon je ne les regarde plus », déclare l’artiste. Toutefois, ces Polaroids loupés trouveront bientôt une seconde vie. « Avec mon compagnon [Guillaume Vallée], nous avons pour projet de les réutiliser en les modifiant, en grattant et en peignant dessus », révèle-t-elle. Un projet qui demeure pour le moment mystérieux, mais qui promet une douce dose de mélancolie définissant si bien l’inspiration unique de Sarah Seené.

–» Pour suivre le travail de Sarah Seené : site web | facebook | instagram

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