Les collages de l’artiste visuelle Marin Blanc superposent les corps et les formes pour offrir un résultat parfois sensuel, souvent très doux, et toujours intime. Ses œuvres toutes en simplicité cachent pourtant un monde d’émotions.

Depuis maintenant trois ans, elle passe la moitié de l’année à travailler avec l’équipe Spectra, où elle est responsable du visuel des Francofolies de Montréal. Elle signe également les pochettes d’album de plusieurs artistes musicaux de la scène locale, parmi lesquels Mathieu Bérubé, Marcie, San James, Laura Babin et Antoine Lachance. Tout cela en plus de ses projets personnels, dont ses fameux calendriers illustrés, qui font maintenant office de tradition. C’est justement alors qu’elle s’apprête à exposer l’édition 2017, ou plutôt deux-mille dissèque, ce mercredi 11 janvier au Quai des Brumes à 17h, que Beware.MTL l’a rencontrée pour parler d’enfance, d’amour, et bien sûr, de Diane Tell.

 Marin Blanc

Parle-moi un peu de ton parcours créatif, comment as-tu commencé à faire des collages ?

C’est drôle, je suis incapable de me souvenir exactement quand j’ai commencé à en faire. Ce dont je me souviens par contre, c’est que ma grand-mère faisait des collages. Et mon grand-père, lui, fabriquait des modèles réduits de bateaux, c’était magnifique. Ils vivaient dans une belle maison près de Québec, sur un énorme terrain qui donnait directement sur le fleuve. T’imagines, pour une petite fille de la ville, arriver là-bas… C’était inspirant ! Ma grand-mère avait une boite de mots découpés, et une boite d’images, dont beaucoup venaient sûrement du catalogue Sears, tu vois le genre… Et je fabriquais des histoires avec ça, comme une bande dessinée, mais collée !

Après ça, j’ai recommencé à faire des collages au cégep, puis j’ai eu une relation amoureuse, ça ne marchait pas, mais ça a duré un an et tout ce temps-là, je n’ai rien fait. J’ai lâché ma job, je ne créais plus, je n’étais pas motivée. Ensuite, j’ai rencontré un garçon à l’université, et je me suis dit que j’allais lui prouver que j’étais capable de faire quelque chose. En fait, c’était surtout pour me le prouver à moi-même, parce que bon, ce gars-là ne m’intéressait pas tant que ça. Alors j’ai commencé un journal de collages, j’en faisais un par jour, et je l’ai terminé ! C’est le premier projet que j’ai commencé et que j’ai vraiment terminé. C’est à partir de là qu’un de mes amis m’a suggéré de me créer une page Facebook et que tout est parti.

Marin Blanc

Et pourquoi le pseudonyme Marin Blanc ?

Parce que je trouve que mon vrai nom est plate ! Et je suis une gênée extrême, alors j’aime le fait d’être anonyme. Marin Blanc n’a pas d’âge, pas de sexe, l’opinion des gens n’est pas teintée par ce qu’ils connaissent ou pensent de moi, c’est mon travail qui est à l’avant plan. Il y a même de gens qui me connaissent depuis longtemps qui n’ont pas encore fait le lien entre Marin Blanc et moi !

Quel est ton moment préféré pour créer ?

Je crée beaucoup la nuit. T’sais, je suis très sensible à tout ce qui m’entoure, la température, le temps qui passe. Par exemple, dans le journal de collages que j’ai fait, on voit clairement la différence entre les jours de beau temps et les jours de pluie, même si je crée à l’intérieur ! Ça se ressent. Le jour, quand je vois le soleil commencer à descendre, ça me met de la pression. Et je m’en mets déjà bien assez toute seule! La nuit, c’est un peu comme si le temps s’était arrêté, il n’y a pas de pression.

Marin Blanc

Marin Blanc

Tu dis t’inspirer de tes déceptions amoureuses pour tes créations. Est-ce plus facile de créer quand on va moins bien ?

Non, pour moi c’est même le contraire ! Je m’inspire de ma vie amoureuse, mais tous mes projets commencent toujours pour me prouver quelque chose, me donner confiance. Alors que quand je vais moins bien, la confiance est assez absente. Mais c’est bien aussi, il faut une pause dans le processus de création. C’est pas parce que c’est de l’art que ça vient tout seul ! C’est comme un sport, ou la musique, il faut pratiquer beaucoup, et il faut passer par l’étape où c’est laid avant d’arriver au beau. Et souvent, on s’arrête là, parce que c’est pas beau t’sais, mais c’est en toi, c’est là, il faut sortir le laid avant que ce soit beau.

La pause sert aussi à éviter de devenir un produit. L’art, c’est comme l’agriculture : c’est un cycle. D’abord tu sèmes, puis tu récoltes et ensuite tu vends. Tu ne peux pas créer au même moment où tu vends, sinon c’est là que tu commences à créer avec le but de vendre, et c’est la fin. Il faut une pause. Le jour où je vais créer pour l’argent… Ah, non!

J’ai remarqué que beaucoup de tes projets sont en collaboration avec des musiciens…

Oui ! J’ai toujours évolué dans le monde musical même si je n’en fais pas moi-même. Mais bon, je me dis, créer de la musique, c’est créer une émotion. Et ça, je peux le faire avec du visuel.

Marin Blanc

Quelles sont tes influences musicales du moment ?

J’écoute surtout du québécois francophone. Parmi mes préférés, il y a Fred Fortin, Olivier Belisle, Philémon Cimon, Vincent Roberge… Et je dois mentionner Diane Tell !

Chez moi, on n’écoutait pas de musique quétaine. Mes parents nous ont sensibilisés à la culture locale, on reconnaissait le talent d’ici. Alors c’est juste récemment que j’ai commencé à découvrir le quétaine. Et je suis en amour avec Diane Tell ! Sa chanson Souvent, longtemps, énormément… c’est ma toune ! D’ailleurs, les titres de mes créations sont souvent des références à des chansons quétaines. J’aime bien prendre des morceaux auxquels les gens ne s’intéressent pas, et les retourner, les faire voir différemment. Par exemple, je traduis des extraits de gros succès de karaoké anglophones. Une de mes œuvres est titrée On est à moitié là, et ça sonne très profond, mais en fait ça vient de Livin on a prayer! Tu n’as pas besoin d’être au courant pour apprécier l’œuvre et la comprendre, mais quand tu le sais… c’est encore plus drôle.

Parmi tes créations, as-tu des préférées ?

Tu veux-tu être

Marin Blanc

Sans-titre

underboob

Carnivores dans la nuit

Marin Blanc

Et l’illustration du mois d’avril 2017, qui n’est pas encore sortie, mais que vous verrez au vernissage. Ah, et j’ajouterais 3e Beloeil, juste parce qu’elle est très différente de ce que je fais normalement. C’est très rare que j’intègre des yeux dans mes œuvres, parce que je veux que ça demeure anonyme, et avec un regard, ça devient trop facile de reconnaître la personne.

Ton vernissage aura lieu ce mercredi, qu’est-ce qu’on pourra y voir ?

On y verra 31 collages, dont tous ceux qui composent le nouveau calendrier « deux-mille dissèque ».

2016 a été une grosse année, sur tous les plans. Beaucoup de contrats, de gros projets, et une grosse peine d’amour, qui a duré des mois. T’sais, il y a des gens qui définissent un avant/après dans ta vie… Ça a été une grosse année d’introspection, et ça se reflète dans le calendrier. Dans celui de « deux-mille seixe », il y avait des tout-nus, c’était drôle. Cette année, ça se passe plus à l’intérieur de soi.

C’est soi-même qu’on dissèque en 2017, donc ?

En effet ! Soi-même, ce qu’on est, ce qu’on fait. Et après s’être disséqué, il faut s’assumer. Jusque dans les couleurs des illustrations qui sont plus punchées, plus assumées. Ça s’est fait inconsciemment, mais je réalise que c’est très cohérent. Même la sélection musicale, ce sont des chansons en lien avec les œuvres.  D’ailleurs, le vernissage a lieu au Quai des brumes, un endroit où j’ai vécu beaucoup de choses, où j’ai pleuré souvent. J’y ai vécu des beaux moments aussi, c’est sûr, mais oui… beaucoup de gestion d’émotions. Alors de clore ce chapitre de ma vie sur une note positive à cet endroit-là, c’est très significatif pour moi. Je boucle la boucle.


Le vernissage de Marin Blanc a lieu ce mercredi le 11 janvier, à 17h au Quai des Brumes – événement Facebook ici

Pour continuer à suivre les doux collages de Marin Blanc : site web | facebook | instagram

Marin Blanc

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