Les clichés de Damian Siqueiros sont sophistiqués, avec des mises en scène recherchées, des décors travaillés qu’il peint lui-même, et surtout, des corps en mouvement.

Damian Siqueiros est devenu photographe un peu par hasard, en gagnant un appareil photo à un concours lorsqu’il étudiait les Beaux-Arts au Mexique. Depuis, il a beaucoup voyagé – France, Espagne, Islande, États-Unis – pour apprendre et se perfectionner, avant de s’installer au Canada il y a huit ans avec son mari Québécois. Beware.MTL a rencontré ce « photo-peintre » passionné de danse pour en savoir un peu plus sur son parcours et ce qui l’inspire.

Damian Siqueiros

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Parle-moi de ton parcours, quand et comment as-tu commencé à t’intéresser à la photographie ?

Au départ, je n’avais pas du tout l’ambition de devenir photographe, mais plutôt celle de devenir peintre. Mais ce n’est jamais facile pour les parents d’entendre que leur enfant veut être artiste alors j’ai commencé des études de communication. Très vite, je me suis rendu compte que ce n’était pas du tout ma voie et je me suis inscrit aux Beaux-Arts. Et puis j’ai participé à un concours et remporté le premier prix qui était un appareil photo. Le média m’a tout de suite plu ; tu peux avoir un résultat « rapide » si tu compares à la réalisation d’un tableau et surtout j’aimais le fait que ce soit un support contemporain, qui pouvait toucher plus de gens. À la fin de mes études, il était clair que j’allais être photographe.

Tes projets personnels traitent de la construction identitaire, l’égalité des sexes, l’acceptation de la diversité sexuelle, tu peux m’en parler un peu plus ?

Dans mon pays d’origine, le Mexique, les stéréotypes sont très présents et c’est comme ça que je me suis orienté vers des thèmes sociaux notamment la construction identitaire, les questions de genre et de droits des femmes. J’avais envie de donner une voix à ces personnes discriminées, et aussi de faire un travail « pédagogique », parce que je me suis rendu compte que les commentaires blessants étaient plus souvent des commentaires de personnes ignorantes que de personnes fondamentalement méchantes. Je ne prétends pas exprimer la vérité, mais plutôt interroger.

Damian Siqueiros

C’est ce que tu as voulu faire avec ton projet « To Russia with love » ? Quel message voulais-tu faire passer ?

[NDLR : En 2014, avant les Jeux Olympiques de Sotchi, alarmé par la situation des minorités sexuelles en Russie, Damian Siqueiros a eu l’idée d’un projet photographique présentant des couples homosexuels russes, réels ou imaginés, dans leur intimité.]

L’idée de « To Russia with love » était de créer un projet qui parlerait à la fois aux Russes et aux personnes qui ne connaissent pas la Russie. Pour les Russes, je voulais montrer que l’homosexualité n’est pas une sorte de mode occidentale comme je l’ai souvent entendu, et aussi de mettre en lumière des figures historiques homosexuelles comme Diaghilev et Nijinski – respectivement fondateur et danseur des Ballets Russes – pour les présenter comme des sources de bonheur et d’inspiration. Et puis pour les personnes qui ne connaissent pas la Russie, je voulais casser cette image des Russes perçus comme un peuple dur et fermé en montrant la douceur et la bienveillance.

Damian Siqueiros

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Tu collabores beaucoup avec des danseurs dans ton travail…

La danse est l’art que j’aime le plus, qui m’inspire le plus. Je trouve ça fascinant de pouvoir créer quelque chose uniquement avec son corps et aucun autre artifice. Pour moi, la danse c’est au-delà de l’art que tu vas voir sur scène, c’est une énergie, une présence, une façon de ressentir et communiquer des choses.

Damian Siqueiros

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Comment captes-tu ces corps en mouvement ?

Déjà j’arrive avec une thématique en tête, quelque chose que je veux faire et ensuite je choisis le danseur qui sera le plus à même d’exprimer mon idée. Je ne choisis d’ailleurs pas forcément le meilleur « techniquement » mais le plus en phase avec le projet ; la performance sur scène et devant l’objectif sont deux choses totalement différentes. Ensuite, on travaille ensemble à comment communiquer le message, l’émotion. Je sais à l’avance quels mouvements le danseur va faire mais il ne prend presque jamais la pose. Ce qui m’intéresse c’est justement d’explorer le mouvement, pas la jolie pose du début ou de la fin mais tout le spectre du mouvement.

Damian Siqueiros

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Parle-moi du processus de création de tes photos, la mise en scène semble tenir une place importante…

C’est vrai, je travaille mes photos de façon très théâtrale ; le décor est certes très important mais aussi toute l’histoire autour ; j’essaye de cadrer le sujet, de mettre les modèles en condition. Aussi je traite tous mes modèles comme des danseurs. Attention je ne demande pas à tout le monde de danser devant l’objectif mais je leur dis de bouger, d’occuper l’espace, même si c’est seulement avec des micromouvements.

J’ai vu que tu avais différent talents en dehors de la photographie, notamment comme maquilleur et scénographe …

Oui, j’aime beaucoup le maquillage parce que ça se rapproche de la peinture. J’ai commencé à le faire en autodidacte et je me suis formé petit à petit. Aujourd’hui même si je collabore souvent avec des professionnels, j’aime maquiller mes modèles moi-même pour certains projets, tout comme j’aime peindre les décors des photos, ça fait partie d’un tout.

Damian Siqueiros

Damian Siqueros a récemment été en résidence artistique pendant 3 mois en Corée du Sud afin de travailler sur la thématique du genre. Une partie de ses créations sera présentée au Québec à l’été 2017. En attendant, il nous confie vouloir explorer de nouveaux horizons et réfléchir le changement climatique dans une perspective qui se souhaite non alarmiste.

Pour suivre le travail du photographe : son site web | son compte instagram

Damian Siqueiros

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http://www.damiansiqueiros.com/

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