Pour la 22ième année consécutive, le festival Under Pressure se tiendra à Montréal du 9 au 13 août. Tour de piste du fonctionnement d’un événement pas comme les autres.

Under Pressure

Under Pressure, ou UP pour les intimes, se décrit comme un festival de graffitis, mais c’est en fait beaucoup plus que ça. À ces débuts, en aout 1996, le festival démarre comme un gros jam d’amis organisé par deux graffeurs de Montréal, Flow et Seaz. Depuis, bien des choses ont changé. Flow anime l’émission de radio « Off the hook » à CKUT et Seaz est maintenant un homme politique, le conseiller municipal Sterling Downey. La gang d’amis a grossi et le festival aussi.

Il est devenu un événement multidisciplinaire annuel majeur, dédié à la culture urbaine et hip-hop. L’espace d’un weekend, les graffeurs, artistes visuels et muralistes côtoient les danseurs de breakdance et autres danses urbaines, les DJs, les emcees (rappeurs), les adeptes de skateboard et même cette année de basketball.

Under Pressure

Crédit : Nickie Robinson

« Up est devenu comme un dialogue. Une conversation. Un échange entre artistes, qui ont plaisir à se retrouver tous ensemble année après année, mais également avec le public en général, qui a l’opportunité de découvrir cette culture tout en s’amusant. À la base ce qui était comme un gros party est resté un gros party », explique Mélissa Proietti, la directrice du festival.

Under Pressure

Crédit : Nickie Robinson

Ce qui retient aussi notre attention, c’est le caractère un peu « particulier » de cet événement. Particulier dans le sens où, TOUS les acteurs sont bénévoles (incluant les organisateurs). Le festival s’occupe de l’organisation, de la logistique, d’apprêter les murs, de fournir les infrastructures, etc…

Under Pressure

Crédit : Nickie Robinson

Les artistes, de leur côté, ne reçoivent pas de salaire non plus et doivent payer eux-mêmes pour leur déplacement et leurs matériels. Mais alors, qu’est-ce qui attire les artistes, année après année, à ce festival ?

« De ce que je peux voir, les artistes viennent pour l’expérience du festival. C’est un moment où il n’y a pas de « pressure ». C’est le moment de faire un mur, en plein centre-ville, avec leurs amis. Ils ne le font pas pour la reconnaissance. C’est plus un moment privilégié de partage », indique Melissa.

Interrogés à ce sujet, voyons un peu ce que les maîtres du pinceau et de la can ont répondu à cette question.

Under Pressure

Mark Esprit. Crédit : Nickie Robinson

Mark Esprit (18 participations) est un photographe et graffeur suisse qui traverse l’océan depuis 1999 pour venir au festival. « Au début, l’accueil, l’ambiance, la mentalité et la scène hip-hop locale et nationale m’ont fasciné. Depuis, j’y reviens pratiquement chaque année. Up n’est qu’un prétexte pour se retrouver, partager et créer entre amis. » [Site de l’artiste]

Wüna Nawü. Crédit : Nickie Robinson

Wüna Nawü (5 participations), une graffeuse locale et l’une des seules femmes sur le mur dédié au graff, semble pencher un peu dans le même sens: « UP me permet de rencontrer des gens, d’avoir une pièce en centre-ville et les organisateurs sont sympathiques ».  [site de l’artiste]

UP est en effet localisé en plein cœur de Montréal. Autour de la rue Ste-Catherine et à quelques pas de la Place des Festivals. La visibilité est donc un avantage qui revient souvent dans le discours des participants.

Mono Sourcil. Crédit : Nickie Robinson

Maxilie Martel aka Mono Sourcil (4 participations) : « J’y reviens à chaque année car les spot sont situés en plein centre-ville donc c’est une belle visibilité. Mais aussi pour le côté festif de la scène du Graf, les amis et les party de fin de journée. C’est toujours le fun d’avoir des événements qui nous réunissent tous. ». [site de l’artiste]

Tribu 203. Crédit : Nickie Robinson

Même son de cloche pour les membres de la Tribu 203 qui en sont à leur deuxième participation officielle. « UP, c’est l’opportunité d’être avec des amis et avoir de grands murs. Et puis ici, on fait ce qu’on veut. Comme un jam pour avoir du fun. » – [Site de l’artiste].

« Ces 2 dernières années, la Tribu 203 s’est fait offrir des murs de plus en plus gros alors c’est intéressant. C’est un prétexte pour se réunir et passer du bon temps avec les amis et la communauté ». – Borrris [Site de l’artiste]

« Communauté », une expression populaire dans les propos des répondants et qui nous rappelle que pour plusieurs, UP c’est d’abord et avant tout une affaire de cœur.

123Klan. Crédit : Nickie Robinson

123Klan (participent depuis 2007) : « Sterling fut l’un des premiers à nous accueillir à notre arrivée à Montréal. Nous le faisons pour la communauté. UP, c’est un graffiti jam. Et les premiers jam s’organisaient ainsi. Gens de la même communauté qui s’unissent pour peindre ensemble, sans aucune stratégie financière. Just for fun. » [site de l’artiste]

Hsix (participe depuis 2000) : « Les premières années, j’y allais principalement pour avoir la chance de voir peindre les gros noms de l’époque, observer les différentes techniques, notamment de ceux qui font normalement de l’illégal. Maintenant, j’y viens car c’est l’occasion de voir et côtoyer les différents acteurs de la scène hip-hop qu’on fréquente moins souvent, les b-boyz, le b-girls, les mc’s, les dj’s et j’y viens aussi pour appuyer Seaz et Flow qui m’ont toujours supporté depuis le début. » [site de l’artiste]

Crédit : Nickie Robinson

MissMe (participe depuis 2013) : «J’aime la famille Under Pressure. Ils ont toujours été là pour moi. J’aime le côté communautaire et authentique. C’est rare. » [site de l’artiste]

Et finalement, pour certains, il y a aussi le fait, assez unique, qu’au UP, il n’y a pas de contraintes, pas d’ébauche à faire approuver. Les artistes sont totalement libres d’exprimer leur élan artistique comme et avec qui ils le désirent.

Monk.e. Crédit : Nickie Robinson

Monk.e (participe depuis 15 ans) « Under pressure est un pilier de mon évolution personnelle et de l’évolution de la scène urbaine montréalaise. J’y reviens car UP m’offre la liberté artistique de choisir mon équipe de collaborateurs à chaque année et ainsi développer ma chimie artistique avec les divers collègues trop occupés durant le reste de l’année. » [site de l’artiste]

Cependant, il ne faut pas tout voir avec des lunettes roses. Beaucoup d’artistes ont mentionné qu’ils aimeraient bien que le festival puisse évoluer, tout en gardant son authenticité, vers une formule dans laquelle les artistes n’auraient pas à payer pour leur matériel.

Verrons-nous dans les prochaines années le UP s’allier avec des partenaires, non-commerciaux bien sûr, dans le but d’assurer un financement au festival, et aller à la rencontre de la préoccupation des artistes ?

Interrogée sur la question, Melissa confirme que la question financière revient à chaque année.

« Nous sommes très sensibles au fait que tout le monde a des besoins et des réalités différentes. »

« L’organisation a juste assez d’argent pour faire rouler le festival et on soutient les artistes dans la mesure qu’on peut le faire. Il est difficile d’avoir des commandites pour la peinture. Du moins au Canada. Les permis, les échafaudages, la peinture pour remettre les murs en état, ce n’est pas donné. Pour moi, les artistes doivent être sensibilité au fait que le festival paye beaucoup d’argent pour que le festival existe. »

« Et dans l’esprit de communauté qui nous habite, nous pensons que ce n’est pas seulement à l’organisation de tout supporter seule.  C’est important de faire un geste quand tu t’investis dans quelque chose. Oui, ça coute de l’argent mais si tu veux le faire, si c’est important pour toi alors tu dois trouver le moyen de le faire.  C’est ce sentiment que l’on veut donner au festival.  Le festival, c’est aussi la responsabilité de la communauté.  Ainsi, s’ils veulent faire de levées de fond ou quoi que ce soit pour ramasser des fonds, nous allons être là pour les soutenir. »

« Et puis quand les artistes vont peindre un train, un mur ou faire un jam entre amis, il n’y a pas personne qui va leur donner du matériel. Ça prend un investissement de leur part. Et c’est un peu la même chose. On leur offre la liberté de venir peindre de gros murs pour le plaisir. Il n’y a pas de contrat, ils font ce qu’ils veulent. »

Arriver à conserver son authenticité et son intégrité maintes fois exprimées et en même temps créer le momentum sur les préoccupations financières, un défi de taille pour UP et la communauté artistique montréalaise.  Les années prochaines seront fort intéressantes à suivre.

–» Under Pressure, du 9 au 13 août : événement facebook | site web


L’auteure remercie Melissa Proietti et les artistes qui ont accepté de participer à cet article. Elle tient à s’excuser auprès de ceux qui n’ont pas été cités pour des raisons rédactionnelles.

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